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LE MARÉCHAL FOREY RAPPELÉ

guées à son compatriote. Je devais revoir Yarka encore une fois, en 1873. J'étais ministre de la guerre et lui lieutenant-colonel. Il mourut peu de temps après.

Mon brave régiment! je veux tout de suite conter un fait bien postérieur, mais qui prouve combien étaient vivaces parmi mes chasseurs les traditions de coquetterie militaire que je leur avais apportées.

En 1870, une partie du régiment vint d'Afrique à l'armée de la Loire. Après le premier engagement avec les Prussiens , on fit passer aux chasseurs d'Afrique l'ordre de noircir les buffleteries blanches, qui, disait-on, servaient de point de mire aux balles allemandes. Savez-vous ce qu'ils répondirent? « Si on nous tue, ça ne regarde que nous. Mais nous ne voulons pas renoncer aux buffleteries blanches ». Et jusqu'à la fin de la campagne, on blanchit avec rage, aux chasseurs d'Afrique, les buffleteries.

Ce qui est plus sérieux, c'est que le jour de l'armistice, les chasseurs d'Afrique, après avoir roulé dans toutes les neiges et toutes les boues, étaient propres et bien ficelés.

Enfin, que dirai-je? Toutes ces félicitations m'allaient à l'âme, parce qu'elles me prouvaient que l'opinion de l'armée acceptait mon rapide avancement comme une récompense méritée, et non comme une faveur accordée à des complaisances ou à des services contestables.

Le maréchal Forey comptait bien que sa nouvelle élévation ne le priverait pas d'un commandement dont il était si fier et si heureux, et que l'Empereur lui permettrait de continuer ce qu'il appelait son œuvre. Mais en le nommant maréchal, l'Empereur le rappelait en France et le remplaçait, comme commandant en chef, par le général Bazaine, à la grande joie de l'armée dont il était le favori et dont les sympathies ne devaient, d'ailleurs, pas résister longtemps, lorsqu'on le vit à

l'œuvre. Ce fut pour le maréchal une déception amère, dont ne le consola aucun compliment. Il ne pouvait pas se faire à cette idée que l'Empereur le rappelait, encore bien que le général Bazaine lui eût mis sous les yeux une lettre impériale qui expliquait ce rappel et les raisons pour lesquelles lui, Bazaine, était investi du commandement : « Je ne veux pas, écrivait l'Empereur, que ce soit celui qui a fait la campagne qui organise le pays, après la victoire. »

Napoléon III voulait si bien faire table rase qu'il rappelait, en même temps que le maréchal, le ministre de France, M. Dubois de Saligny, remplacé par M. de Montholon. Et certes, de toutes les nouvelles apportées par le courrier de France, ce ne fut point la moins agréable à l'armée, qui considérait en M. de Saligny l'auteur de toutes les fautes commises, le bourreau de l'amiral Jurien de la Gravière et du général de Lorencez, le fauteur de la politique réactionnaire et cléricale, opposée au goût des Mexicains et même aux institutions politiques des Français, et enfin le principal obstacle à la pacification désirée.

Mais le maréchal Forey, rappelé pour avoir subi les caprices du ministre, alors que les autres avaient été rappelés pour les avoir combattus, ne l'entendait pas ainsi. Il ne pouvait pas croire que l'Empereur fût inexorable. L'Assemblée constituante, que l'on parait du nom de Congrès, venait de voter l'établissement de l'empire au Mexique, en la personne de l'archiduc Maximilien, qui avait fait connaître officiellement son acceptation. Le maréchal pensait que, lorsqu'on connaîtrait cet événement à Paris, on en attribuerait la gloire à ses efforts et qu'on serait bien contraint de lui permettre de consolider le trône qu'il venait de relever. Il avait écrit dans ce sens à l'Empereur, et, sous prétexte d'attendre la réponse du souverain, mieux informé, il persistait à rester à Mexico. Les mauvaises

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