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TRISTES ADIEUX

langues prétendaient déjà qu'il retardait son départ pour n'avoir pas à traverser les Terres-Chaudes, où sévissait cruellement la fièvre jaune. Il ne pouvait se décider à abandonner un pouvoir dont il commençait même à mésuser, accordant des grades dans la Légion d'honneur à des officiers mexicains, sans souci du sentiment de l'armée, qui en était froissée, et afin, disaiton, d'obtenir pour les officiers de son état-major des décorations de l'ordre de Guadalupe, rétabli par le gouvernement provisoire; alors qu'il n'avait ni le droit de conférer la Légion d'honneur à des officiers étrangers, ni le droit d'accepter des décorations étrangères pour des officiers français.

Sa situation devenait bizarre et fausse. Il ne commandait plus. Il ne recevait même plus rien de Paris. Toutes les pièces de service étaient adressées « au général commandant en chef». Un instant, il avait émis la singulière prétention de se les faire remettre, en les envoyant réclamer à la Vera-Cruz par un exprès que le directeur des postes repoussa avec perte. Enfin , le ministre de la guerre écrivait au général Bazaine : « M. le maréchal Forey sera déjà bien loin du Mexique, quand vous recevrez cette lettre. Vous avez dû être frappé des fautes qui ont été commises depuis l'entrée de l'armée à Mexico. Je ne doute pas que vous vous soyez déjà mis à l'œuvre, pour réparer les fâcheuses mesures ordonnées par votre prédécesseur. »

Cependant, il fallait bien que cet imbroglio sans exemple prît fin. Le maréchal se résigna et annonça son départ. Les officiers allèrent en corps lui présenter leurs adieux, et il eut des accents véritablement touchants pour leur peindre sa douleur. Son discours manquait de correction, mais ses sentiments étaient tellement sincères qu'il nous tira presque des larmes. Sa sortie de Mexico fut solennelle, comme avait été son entrée. C'était un dimanche. Après avoir assisté à la

grand'messe, le maréchal trouva toute l'armée française et toute l'armée mexicaine bordant les rues par lesquelles il devait passer. Il s'en alla au bruit des cloches, au bruit de l'artillerie, au bruit des tambours et des clairons qui battaient et sonnaient aux champs, au bruit de toutes les musiques qui jouaient l'air de la Reine Hortense, et il subit en dernier lieu les harangues de la municipalité. Les officiers généraux et tout l'étatmajor l'accompagnèrent à cheval jusqu'à deux lieues de la ville. Là, on se dit adieu avec émotion, et nous revînmes tous escortant le général Bazaine, qui restait seul à la tête du corps expéditionnaire. Son but était atteint. Il avait abordé le sommet si longtemps convoité, et presque aussitôt il allait rejeter du pied l'escabeau qui lui avait servi : le ministre de France, M. Dubois de Saligny. Quoique rappelé en même temps que le maréchal Forey , ce diplomate restait encore à Mexico, comptant sur l'appui et la bienveillance du général dont il avait servi les ambitions.

Le général Bazaine ne voulut pas se donner l'odieux d'expulser lui-même son protecteur, mais, en partant pour l'expédition que je vais raconter, il laissait au général Neigre, resté à Mexico, des instructions formelles pour qu'il embarquât M. Dubois de Saligny sur le premier paquebot en partance de la Vera-Cruz. Et ce fut ainsi que le ministre de France fut jeté dehors par l'homme dont il avait dit si souvent : « Les choses ne marcheront que lorsque le général Bazaine en aura la dhection. »

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