‹ Mes souvenirsChapitre 239 sur 262 · LE MEXIQUE SOUMIS · texte numérisé non relu

LE MEXIQUE SOUMIS

Campagne politique. — L'armée écrémée. — Les trois caciques.

— Mœurs mexicaines. — Brigade d'élite. — Petit des Adieux. — Comonfort. — Marches forcées. — But atteint. — A Guadalajara.

— Excommuniés ! — Suisse mexicaine. — Il faut partir. — Retour en colonne. — Pauvre Maximilien !

Quand du grade de colonel on passe à celui de général, on fait un bond considérable dans la hiérarchie, tant au point de vue du prestige qu'au point de vue des avantages matériels. On devient un personnage. On jouit d'une foule de privilèges. Le commandant en chef me destinait la succession de mon ami de Mirandol, c'est-à-dire le commandement de la cavalerie du corps expéditionnaire , commandement plus nominal que réel, puisque les deux régiments étaient séparés, et puisque même les escadrons étaient répartis de côté et d'autre, de telle sorte que le général avait été réduit jusque-là à suivre celui des deux colonels qu'il préférait. Mais encore fallait-il que ce poste fût rendu libre par la nomination de son titulaire au grade de général de division. Et pendant près de deux mois, de Mirandol attendit sa troisième étoile. Ces deux mois, je les passai dans une situation bizarre, irrégulière, en activité de service, mais sans emploi, touchant, par conséquent, ma solde brute. Il en résultait que, comme

général, j'étais beaucoup moins payé que je venais de l'être comme colonel. Je m'inquiétais assez peu de ce détail, cependant, qui se noyait pour moi dans les joies de l'avancement.

N'ayant rien à faire, je fréquentais un peu dans le monde . A Tacubaya , j 'allais volontiers chez un M . Perry , négociant anglais, qui menait une existence de haut luxe et qui recevait la meilleure compagnie, des gens à la fois simples et bien élevés, au milieu desquels on se plaisait, parce que l'on était à son aise. A Mexico, c'était aussi la société européenne cosmopolite que je voyais : des banquiers anglais, allemands, tous gens d'une honorabilité parfaite. J'ai peu vu la société indigène, qu'on disait accueillante et aimable.

Quant à la colonie française, qui comptait plus de deux mille individus, elle n'entretenait pas avec les officiers les rapports d'intimité qu'aurait pu faire prévoir la confraternité nationale. Il est très rare que les couches sociales auxquelles appartiennent les officiers de l'armée française fournissent un contingent à l'émigration, et nos compatriotes établis au Mexique y occupaient presque tous des situations modestes et peu propres aux relations mondaines. C'étaient de très braves gens, mais qui n'éprouvaient pas le besoin d'étendre leur contact avec l'armée au-dessus des sousofficiers. Je dînais cependant chez l'un d'eux, M. Toscan, que j'avais rencontré, on s'en souvient, sur la route de Puebla. Il était le plus notable Français de Mexico, et il ne se gênait pas pour déplorer notre intervention, racontant qu'elle lui faisait perdre plus d'argent que ne lui en auraient coûté les exigences financières du gouvernement de Juarez. On comprend que des compliments semblables n'avaient rien de bien attirant pour nous. L'armée et la colonie française semblaient donc, spectacle bizarre, gênées l'une visà-vis de l'autre, à ce point qu'on ne voyait jamais un

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