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CAMPAGNE POLITIQUE

Français autre que des militaires aux réceptions du général Douay, fort brillantes pourtant et fort suivies par la haute société mexicaine et étrangère.

Enfin, vers le milieu d'octobre, la nomination du général de Mirandoi au grade de divisionnaire arriva, et il partit pour la France, abandonnant son commandement, dont je fus aussitôt investi. Mais auparavant, j'avais été chargé d'une besogne que j'avais accomplie avec autant de scrupule que peu d'enthousiasme. Le général Bazaine préparait une grande expédition dans le nord du Mexique. Cette expédition devait être plus politique encore que militaire. Sans doute, il s'agissait de repousser le plus loin possible de la capitale les restes de l'armée mexicaine qui ne tenaient nulle part devant nous, et les troupes sans consistance et sans organisation que Juarez, réfugié à San-Luiz de Potosi, avait hâtivement levées. Sans doute, il s'agissait aussi de transformer le corps expéditionnaire en une sorte de grand filet, tendu derrière Mexico, traîné vers le nord et dans les mailles duquel viendraient donner et se faire prendre les nombreuses bandes de brigands qui désolaient la contrée. Mais il s'agissait surtout de faire reconnaître et, si c'était possible, acclamer partout le gouvernement nouveau de l'empereur Maximilien, élu par la Constituante de Mexico.

Napoléon III et Maximilien n'avaient pas jugé que la comédie jouée par cette Constituante fût une base suffisante pour l'établissement d'un nouveau régime. Ils avaient accepté son vote, à titre d'indication sur les volontés du pays. Mais ils voulaient le corroborer par celui des populations, et nous étions chargés de le recueillir. Nous allions faire une campagne électorale, dont le succès ne pouvait pas être douteux, car ces populations, habituées à voter aujourd'hui pour Pierre, demain pour Paul, auraient acclamé le diable ou le Grand Turc, si nous avions présenté leur candidature

au bout de nos sabres et de nos baïonnettes. Nous allions donc transporter à la fois des urnes et des canons, et faire le double office de soldats et de courtiers électoraux.

Avant de s'élever dans le Nord, le général Bazaine, pour assurer la sécurité de ses derrières, voulait réorganiser et développer l'institution des contre-guérillas, qui, sous les ordres du colonel Dupin, opéraient dans les Terres-Chaudes. Le général Bazaine avait toujours la tête farcie des souvenirs des fameuses compagnies franches, dans lesquelles il avait combattu en Espagne, pendant la guerre entre carlistes et christinos. Il y joignait le souvenir des bachi-bouzoucks de Crimée, qu'on lançait en enfants perdus dans les embuscades. Mais il oubliait que tous ces corps étaient restés sous la main du commandement et n'avaient jamais été livrés à eux-mêmes, comme ils le furent dans les Terres-Chaudes. Il me confia le soin de choisir dans le corps expéditionnaire des hommes de bonne volonté que tenterait ce service spécial. Et je n'eus que l'embarras du choix. L'imprévu, le débraillé de cette vie aventureuse, sa quasi-indépendance, de sérieux avantages de solde, la perspective de bénéfices à récolter et de coups à faire, séduisaient, tournaient les têtes, et enlevaient ainsi à nos régiments et à nos escadrons quelques-uns de leurs meilleurs éléments, des hommes hardis, qui rongeaient leur frein dans la monotonie et les liens étroits delà vie régimen taire. J'en étais navré, car je ne partageais pas du tout les théories du général Bazaine.

Pour moi, le premier élément d'un succès militaire, c'est une discipline très forte et très exacte, qui subordonne tous les efforts individuels à un but commun, au lieu de les laisser s'épuiser dans le désarroi et les fantaisies particulières. Le progrès consiste à introduire dans une troupe irrégulière l'ordre et la règle. Il

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ne consiste pas à désorganiser systématiquement des forces qu'on a eu tant de peine à juxtaposer et à combiner pendant la paix. La guerre entraîne avec elle assez de désordre et de trouble pour qu'on ne s'amuse pas à y ajouter encore de parti pris. Aussi, je suis l'ennemi convaincu de toute espèce de corps franc, de francs tireurs, et de troupes guerroyant pour leur propre compte. J'avais essayé de faire partager ce sentiment au général Bazaine. Il m'écouta avec une bienveillance extrême, ne me fit aucune objection, et de sa voix empreinte d'une politesse exquise, il me déclara qu'il ne changeait rien à ses instructions primitives. Je me mis donc à désorganiser avec zèle et amertume, et j'envoyai au roi des Terres-Chaudes, au mousquetaire sorti du roman de Dumas qu'était Dupin, et qui maniait l'épée, tirait le pistolet, comme feu d'Artagnan, des bandes de hardis et gais compagnons, avec lesquels il éplucha, pour ainsi dire, le pays embrasé des Terres- Chaudes.

Ceci réglé, il restait au général Bazaine, avant de partir pour le Nord, une autre entreprise à mener à bien. Il voulait qu'en entrant dans son nouvel empire, Maximilien y trouvât une armée nationale solidement constituée, et ce fut encore dans l'armée française qu'on puisa, pour donner à cette armée nationale les cadres qui devaient en assurer la solidité. Il fit appel aux hommes de bonne volonté dans le corps expéditionnaire. Cet appel fut entendu, et, du jour au lendemain, le général se trouva débordé par le nombre des demandes. Les avantages de toutes sortes qu'on faisait aux militaires français passant dans l'armée mexicaine justifiaient cet empressement. Les officiers, en s'engageant sous le drapeau du Mexique, gagnaient un grade, tout en continuant à compter à leur régiment et en conservant leurs droits à l'avancement. Pour nos sousofficiers surtout, cette perspective était alléchante.

Chez nous, la carrière était encombrée par le nombre des engagés qui restaient au service jusqu'à leur retraite, et un sous-officier devait s'estimer très heureux lorsqu'il arrivait à l'épaulette vers vingt-huit ou trente ans. Le corps expéditionnaire contenait donc une foule de sous-officiers qui saisirent avec bonheur cette occasion unique de devenir sous-lieutenants mexicains et, par suite, sous-lieutenants français.

Sans doute, cette organisation eût été bonne si nous eussions eu pour nous le sentiment du pays, et si les Mexicains étaient venus d'eux-mêmes renforcer les cadres à base française. Mais elle devait s'écrouler comme un château de cartes, et l'armée française, en se retirant plus tard, allait attirer derrière elle presque tous ses enfants détachés, dont quelques-uns seulement continuèrent à servir dans les troupes restées fidèles à l'empereur mexicain.

Quelques jours avant de se mettre en route, le général en chef donna un grand dîner auquel je fus invité. Ce fut pour moi l'occasion d'être présenté aux membres du triumvirat et de faire la connaissance personnelle des trois caciques : le général Almonte, Mgr Labastida et le général Salas. Entre le quartier général et le triumvirat on échangeait des politesses officielles; mais on se regardait déjà un peu comme chien et chat, tout en se faisant, cependant, patte de velours, et le général Bazaine ne laissait pas sans inquiétude derrière lui des gens dont les actes et les allures lui inspiraient une profonde défiance, des gens qu'il considérait à la fois comme un peu bornés et comme très dangereux.

J'ai déjà présenté au lecteur le général Almonte, le métis, fils du curé patriote. Dévoué corps et âme au parti réactionnaire, le général Almonte n'était cependant point tout à fait une tête de bois. Il gardait à Napoléon III une reconnaissance attendrie pour tous les

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