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LES TROIS CACIQUES

bienfaits qu'en avait reçus son parti, et, en faisant vibrer ce sentiment, on aurait pu en obtenir certaines concessions aux idées libérales.

Son collègue, le vieux général Salas, était un comparse, sans idée et sans volonté, une marionnette dont les ficelles se trouvaient dans la main de l'archevêque de Mexico, Mgr Labastida. L'archevêque était donc l'homme important, la tête et le bras du triumvirat. Encore jeune, gras, la figure rose et fleurie, encadrée d'un triple menton, avec un petit ventre qui ne demandait qu'à pousser, Mgr Labastida était le type de l'ecclésiastique papelard, onctueux, doucereux et faux. Quand on l'entendait parler, on l'aurait pris pour un libéral et on l'aurait cru résigné à toutes les concessions. Mais, au fond, c'était un entêté des idées les plus vieilles, un mulet obstiné dans l'immobilité, qui regrettait le tribunal du Saint-Office et les autodafés, qui fut la grande pierre d'achoppement pour le succès de notre intervention et un obstacle invincible à la conciliation des partis. Le conflit entre le générai Bazaine et lui était encore à l'état latent. Il pivotait sur la question des biens du clergé.

L'empereur Napoléon avait blâmé la concession de pouvoirs politiques à peu près illimités accordée par le maréchal Forey au triumvirat, et il avait prescrit au général Bazaine d'assurer la sécurité des détenteurs actuels des biens du clergé, menacés par les revendications de Mgr Labastida. ïl avait ordonné aussi que le général fît rapporter tous les décrets pris par les triumvirs et qui se trouveraient contraires à notre législation, car nous ne pouvions pas décemment imposer à coups de fusil aux Mexicains, qui n'en voulaient pas, des lois que nous-mêmes nous avions biffées de nos codes. Tel était, à ce moment, l'objet des discussions entre le général Bazaine et le triumvirat. Et ce fut là peut-être la cause initiale de la chute de Maximilien,

Il est entendu que le triomphe des États du Nord sur les Etats du Sud et la réconciliation des deux parties de la grande République américaine déterminèrent l'échec de notre intervention.

Mais, d'un autre côté, il est permis de penser que, si nous étions arrivés à éteindre rapidement les dissensions intestines de ce malheureux pays du Mexique, en face de populations réconciliées et unies sous le sceptre incontesté de Maximilien, les États-Unis se seraient probablement résignés au fait accompli.

Il est donc légitime d'affirmer que nos pires ennemis ont été les gens dont nous étions venus assurer le triomphe. Mgr Labastida était l'homme le plus impopulaire, et le plus justement impopulaire. D'ailleurs, moi qui suis un admirateur du clergé français, un catholique convaincu et un adversaire irréductible des gens qui se prétendent des anticléricaux, je dois à la vérité cet hommage de confesser que le clergé mexicain, quand je l'ai connu, était tellement démoralisé, et ignorant, et compromis de toutes les façons, qu'il justifiait, jusqu'à un certain point, les passions anticléricales des libéraux. Un trait de mœurs en dira plus long, à ce sujet, que toutes les phrases.

Quand j'avais pris mon cantonnement à Tacubaya, on ne parlait que du récent mariage d'un homme affligé de dix millions, qui venait d'épouser sa propre sœur de père et de mère, avec laquelle il vivait depuis fort longtemps. Cela n'est pas très rare au Mexique; mais ce n'est pas très admis en Europe, et, comme le frère et la sœur voulaient y vivre, ils se rendirent à Rome, afin de demander au Saint-Père de régulariser leur situation. Je n'ai pas besoin d'ajouter que le Pape leur refusa une dispense réellement exorbitante. Ils revinrent à Mexico, et là, un dignitaire ecclésiastique, moyennant finance et en parfaite connaissance de cause, célébra le mariage. C'était un fait de notoriété

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