MŒURS MEXICAINES
publique dont personne ne se scandalisait. Le ménage était même très bien vu dans le pays. Il retourna peu après en France, où il trouva la considération et les égards qu'on accorde aux écus.
Autre trait de mœurs, mais, celui-là, simplement plaisant. J'étais à Mexico le 2 novembre et j'assistai, par hasard, ce jour-là, à la fête traditionnelle de la commémoration des morts. C'était une très joyeuse solennité. Devant la cathédrale étaient installées les baraques d'une foire, avec tourniquets, jeux de tir, chevaux de bois, salle de concert et de spectacle, arènes d'hercules, voitures de somnambules, le tout assiégé par un monde fou. Ce qu'il y avait de plus curieux, c'est que les camelots et les industriels des baraques ne vendaient que des objets de circonstance : des têtes de mort, des ossements, des squelettes, des petits cercueils, le tout en sucrerie. Entre amis et parents, on échange ces cadeaux peu folâtres, et tout gamin qui se respecte doit, ce jour-là, sucer au moins un tibia. Ainsi le veut la mode.
Pendant que le général Bazaine était retenu pour quelques jours encore à Mexico, par ses travaux d'organisation et par ses débats avec le triumvirat, il avait donné des ordres pour sa campagne du Nord et poussé en avant ses deux divisions : la division qu'il avait cédée au général de Castagny et la division Douay. Leur objectif commun était Queretaro, ville située à cinquante lieues au nord de Mexico et à laquelle la mort de Maximilien devait donner plus tard une ineffaçable et lugubre célébrité. Là, s'était posté le général Comonfort, à la tête de la nouvelle armée libérale, une quinzaine de mille hommes. Deux routes conduisent de Mexico à Queretaro. La division de Castagny prit la route de droite, et la division Douay la route de gauche. L'avant-garde de Comonfort occupait une localité appelée « Arroyo-Zarco ». Le général Bazaine donna
l'ordre de faire marcher en avant la nouvelle armée impériale mexicaine, qui était déjà assez bien organisée pour tenir la campagne. L'élément français qu'elle contenait suffisait pour lui assurer une supériorité indiscutable sur les troupes libérales. Il convenait donc de lui faire gagner ses éperons. En outre, un succès remporté sur les juaristes par l'armée impériale mexicaine devait donner au parti conservateur une prépondérance locale sur ses adversaires, qui étaient aussi les nôtres. D'ailleurs, pour ne rien négliger et ne pas s'exposer à une mésaventure, le commandant en chef avait prescrit à ses généraux de soutenir à distance nos alliés, dans leurs premiers débuts.
Tout se passa comme l'avait ordonné et prévu le général Bazaine. L'armée mexicaine, appuyée par la brigade de Berthier, qui resta en arrière, et entraînée avec vigueur et intelligence par son chef, le général Méjia, enleva la position d' « Arroyo-Zarco », et, avant même d'avoir été attaqué par elle, Comonfort, avec le reste de ses troupes, se mit en pleine retraite. Ce général Méjia, qui devait, avec Miramon, partager le sort fatal de l'empereur Maximilien sur le Cerro de Queretaro, théâtre de sa victoire, était un Indien pur sang. Je le revois encore, petit, trapu, avec sa figure large, ses pommettes saillantes, ses yeux bridés, ses lèvres épaisses et sa peau de bronze. Il n'en était pas moins un général de premier ordre, aimé et respecté de ses soldats, d'un courage éprouvé, et l'un des hommes les plus éminents de son parti, consciencieux, loyal, fidèle à sa parole, esclave de son devoir et patriote dans l'âme, c'est-à-dire ayant pour opinion politique le dévouement sans limites à ce qu'il croyait être l'intérêt et le salut du Mexique.
La nouvelle de ce succès, qui ouvrait brillamment la campagne du Nord, arriva au général Bazaine, quelques jours avant son départ de Mexico, où j'étais resté avec