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PETIT DES ADIEUX

le colonel retrouvait invariablement les Adieux de Fontainebleau. Jamais il ne reconnut la supercherie. Toujours il s'imagina que c'était un nouveau tableau, et que, dans l'antique empire de Montezuma, son père jouissait d'une popularité sans égale. Et tous les soirs, quand il montait se coucher, à l'aspect de ce tableau vagabond, on l'entendait murmurer, en proie à l'émotion filiale : « Oh ! encore papa ! papa ! papa ! »

Petit devait son avancement à la faveur de l'Empereur qui l'avait pris pour officier d'ordonnance , dès le début du règne. C'était un caractère original, un esprit à tournures imprévues, un mondain déterminé, mais un militaire sans grande vocation. Il avait embrassé la carrière des armes par piété filiale, parce que le fils d'un général, embrassé par l'Empereur, devant toute la vieille Garde, ne pouvait pas ne pas être soldat. Mais il eût bien préféré les aises de la vie parisienne et la jouissance paisible de sa fortune à des courses interminables sur les plateaux de l'Anahuac. Je l'aimais beaucoup, quoique nous ne fussions pas d'accord sur les questions militaires. Que de fois je l'ai entendu s'écrier en zézayant : a Le Mexique ! Sale pays ! De la poussière ! Pas de pâtisseries ! Pas de dessert ! Sale pays ! » Ce brave Petit s'était un peu rattrapé à Mexico, et il recommençait sans enthousiasme la vie errante. Le pauvre garçon, il y a quelques mois, a subi une espèce de transport au cerveau. Il s'est cru ruiné, réduit à la misère, et s'est fait sauter la cervelle.

Un capitaine du 3e de zouaves exerçait dans ma brigade les fonctions de sous-intendant militaire, et s'acquittait avec une intelligence et une activité sans pareilles de cette tâche, toujours difficile en campagne, où tout est à créer. C'était le capitaine du Bessol, qui vient de quitter le service comme commandant du 19e corps d'armée.

Nous quittâmes Mexico avec le commandant en chef

le 17 novembre, et le surlendemain, nous étions à Toluca, jolie petite ville de 12,000 habitants, capitale de la province de ce nom, blottie au milieu de ses jardins, dans une région montagneuse et entre des pics gigantesques. Puis, laissant à droite Queretaro, occupé déjà par le général Douay, nous nous portions, à marches forcées, sur Guanaxuato, capitale d'un très riche district minier et ville très importante.

Nous marchions ainsi, au centre d'une grande ligne de troupes déployées, dont la division de Castagny formait la gauche et la division Douay la droite. Tout à l'heure, je comparais cette ligne à un vaste filet. Il serait plus exact peut-être de l'assimiler à une manœuvre de rabatteurs qui s'avancent, en frappant les buissons de leurs bâtons, pour faire partir le gibier. Notre gibier, c'étaient les débris de l'armée libérale, qui ne nous attendait jamais et qui, mise au courant de nos marches, décampait toujours, la veille de notre arrivée. Les journaux conservateurs du cru disaient, en parlant de l'armée libérale : « Ce n'est pas une retraite de soldats; c'est une panique de malfaiteurs, à l'apparition de la police. » Le général Bazaine conduisait avec une maestria incomparable cette opération si étendue, et, fidèle à sa tactique , il poussait toujours en avant de nous la nouvelle armée impériale mexicaine, qui grossissait en marchant, puisque, presque toujours, une partie de ses prisonniers devenaient ses recrues.

Il faudrait avoir une carte détaillée du Mexique sous les yeux, pour suivre les opérations de cette campagne du Nord qui s'accomplit avec une rapidité pour ainsi dire vertigineuse, et dans laquelle nous faisions des étapes qui oscillaient entre neuf et treize lieues. Mais je crois en avoir exposé le thème général. Nous courions sus aux Mexicainsqui s'enfuyaient, et dans chaque ville, même dans chaque village, nous provoquions de la part des autorités et des populations un acte public

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