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COMONFORT

d'adhésion au régime nouveau. Autorités et populations accomplissaient ledit acte avec une docilité qui frisait l'enthousiasme et nous donnait l'illusion du succès , alors qu'en réalité nous n'étions les maîtres que de l'espace que nous occupions. Derrière nous, nous laissions le pouvoir entre les mains du parti conservateur, qui se hâtait de perdre l'influence par ses divisions, tandis que le parti libéral, même vaincu, marchait comme un seul homme.

Et cependant, ce parti libéral venait encore de perdre un de ses chefs les plus illustres : le général Comonfort, l'ancien président de la république mexicaine, le vaincu de San-Lorenzo, redevenu ministre de la guerre de Juarez et commandant en chef de l'armée libérale. Il se distinguait au milieu de son parti par l'élévation et la modération de ses sentiments ; et le général Bazaine n'avait pas perdu l'espoir de le rattacher au nouvel empire, lui et un de ses collègues, un autre ministre de Juarez, nommé Doblado. Revenant de San-Luiz de Potosi, où il avait été appelé par Juarez, et regagnant son quartier général avec ses aides de camp et une centaine de cavaliers d'escorte, le général Comonfort fut surpris par un détachement de la division Méjia, lancé à sa poursuite, et trouva la mort dans cette rencontre.

A Acambaro, le général en chef retrouva la division Castagny, et immédiatement, avec ma brigade, il se porta sur Celaya, distante de dix-huit lieues, où il retrouva la division Douay. C'est ainsi que nous faisions perpétuellement la navette entre les deux divisions en marche. Là une rumeur, qui nous annonçait que les libéraux nous attendaient près de Salamanca, nous fit encore faire dix -huit autres lieues pour rejoindre cette dernière ville, où nous ne trouvâmes rien. Celaya et Salamanca sont les deux centres de fabrication du manteau national mexicain, le « zarape »,

qui est pour les indigènes ce que le burnous est pour les Arabes.

Une pointe sur San-Iago, une autre sur Strapuato, et une autre enfin sur une grande et belle ville appelée Silaô, où nous fîmes séjour, nous exténuèrent sans nous permettre d'apercevoir l'armée fantôme.

Là, je fus logé, à une lieue de la ville, dans une hacienda qui pouvait contenir neuf escadrons de cavalerie : l'hacienda de Cerrito, ancien établissement où se traitait le minerai d'argent et qu'avaient achetée deux Français dont je fus l'hôte. Ces Français me parurent vivre en très bonne intelligence avec les libéraux. « Ne croyez pas, nous dirent-ils, un seul instant, que les libéraux soient hostiles aux Français et qu'ils aient envie de se battre avec eux. Ils n'ont qu'un plan: vous fatiguer par des marches continuelles et inutiles, et vous forcer à rentrer à Mexico. Leurs chefs considèrent la France comme la source du progrès et le flambeau de la civilisation ; mais jamais ils n'accepteront le gouvernement réactionnaire et clérical que vous voulez leur imposer. Puisque vous aimez tant votre Labastida, pourquoi l'empereur Napoléon III ne le prend-il pas comme premier ministre? Il ne tiendrait pas vinot-quatre heures en France. Pourquoi voulez-vous qu'il dure davantage ici? Quant à Maximilien, on le déteste avant de le connaître, parce qu'on s'imagine que les prêtres seront prépondérants dans son gouvernement. »

Que répondre à ce raisonnement? Rien, sinon se remettre en selle et s'en aller à Lagos, dans l'espoir de gagner de vitesse les libéraux. Là, le général Bazaine apprit, de source certaine cette fois, que Doblado occupait Aguas-Calientes, grande ville de la province de Zacatecas. Vite, il fallait profiter de ce sourire de la fortune. Le général Bazaine réunit quatre bataillons, trois batteries d'artillerie et mes six escadrons. Il fit laisser les

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