‹ Mes souvenirsChapitre 248 sur 262 · A GUADALAJARA · texte numérisé non relu

A GUADALAJARA

supérieur de Guadalajara. Nous descendions les pentes du Mexique vers l'océan Pacifique et nous retrouvions des gradins semblables à ceux que nous avions gravis, du côté de l'océan Atlantique. Nous n'étions plus, je crois, qu'à une vingtaine de lieues du Pacifique et sur la limite des Terres-Tempérées et des Terres-Chaudes de ce côté-là. Aussi les plantations de caféiers reparaissaient, et avec elles la flore tropicale. A San-Pedro, bourgade située à une lieue de Guadalajara et composée de maisons de campagne et de villas, nous fîmes un bout de toilette pour entrer, à notre avantage, dans la seconde ville du Mexique.

Guadalajara est une grande ville de cent mille âmes, bâtie sur le même plan que les autres. Elle contient six ou sept belles rues, quelques églises luxueuses, de nombreux couvents solides, abandonnés ou transformés en casernes, et une infinité de masures, construites en briques cuites au soleil, comme les maisons arabes. Ce qui frappe dans cette ville, comme dans les autres, c'est l'état de vétusté et de dégradation des monuments, à peine terminés. Toutes ces villes mexicaines, qui pourraient être fort belles, nous donnent une impression analogue à celle qu'on éprouverait en voyant un jeune homme de vingt-cinq ans déjà flétri par la décrépitude sénile. Autour de Guadalajara, dans un rayon d'une lieue environ, on trouve des jardins, des plantations, puis plus rien, le désert. C'est encore là une chose très frappante, dans le Mexique. On chemine à travers un pays complètement abandonné, dans lequel les routes généralement détériorées attestent seules le passage de l'homme. Pas de maisons, pas de villages, pas de culture. Et puis, tout à coup, on tombe, sans préparation aucune, sur des villes de cinquante, soixante, cent mille âmes. Chez nous, les abords des grandes villes s'annoncent par des centres de population plus ou moins importants, par des maisons de cam-

pagne, des usines, des fermes, des exploitations quelconques, sortes d'organes avant-coureurs de la cité. Au Mexique, rien de semblable : une ville au milieu d'un désert. C'est là, évidemment, le résultat de l'anarchie qui a dévoré si longtemps ce pays. Les villes étaient des refuges contre le brigandage. Tout ce qui n'offrait pas les éléments d'une résistance imposante étant invariablement pillé, razzié, saccagé par les bandits qui opéraient au nom des partis politiques, il fallait chercher la sécurité dans une ville.

Il y a bien les haciendas. Elles sont bâties comme si elles devaient soutenir un siège et ont pour garnison le nombreux personnel de leur exploitation. Mais les haciendas sont rares, et pour les posséder, il faut disposer de nombreux capitaux. Et voilà pourquoi toute cette poussière humaine qui s'éparpille sur un pays civilisé, en le fécondant, se trouve, là-bas, ramassée par petits tas, laissant dans la stérilité une terre bénie qui ne demanderait qu'à produire. Mais que dire de l'incurie et de la lâcheté de toutes ces populations, se laissant terroriser par quelques poignées de misérables que la moindre résistance eût mis en fuite?

Le général Bazaine resta quelques jours à Guadalajara. Il en profita pour organiser l'occupation permanente du vaste territoire qu'il venait de soumettre. Les troupes des deux divisions furent réparties en garnison dans les principales villes. Le général Douay prit le commandement supérieur de la contrée, grande comme la moitié de la France, où nous venions de jeter les mailles de fer de notre occupation. Puis, avec précipitation, le commandant en chef, toujours suivi de ma brigade, reprit le chemin de Mexico, où l'appelaient des soins urgents.

Le triumvirat gouvernemental était plus difficile à pacifier qu'une province, et l'archevêque Labastida nous donnait, pour le moins, autant de fil à retordre

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