FUNÉRAILLES
en lacet destinée aux deux corbillards improvisés, et, passant par un sentier de piétons, le général ainsi que ses officiers allèrent les attendre sur l'esplanade où étaient rangés les zouaves. Là, il se passa une scène tout à fait pénible. Le général ne pouvait pas sentir le colonel Clerc, grand et superbe officier, à la taille svelte, aux traits fins, à l'abondante chevelure, très soigné, très élégant, très musqué même, qui avait une apparence tout à fait juvénile, et qui devait mourir commandant d'une brigade de grenadiers de la Garde, le jour de Magenta, au pont de Buffalora, sur le Naviglio- Grande.
Pendant que nous attendions tous en silence, le général interpella brusquement le colonel, en lui disant : « Colonel, vous avez enfreint l'ordre formel que j'avais donné. — Et lequel, mon général ? — J'avais prescrit de faire porter au quartier général toutes les armes de prix trouvées dans Laghouat. Or, vos zouaves ont vendu des fusils garnis de capucines d'argent et d'incrustations de corail. Vous-même avez acheté une de ces armes. »
Le colonel essaya de se justifier, en alléguant qu'on avait exagéré la valeur de ces armes; qu'il avait acheté à un zouave un fusil, comme souvenir du combat; qu'il n'avait pas cru enfreindre les ordres. Ces explications ne firent qu'irriter davantage le général, et nous entendîmes des phrases véritablement disproportionnées avec la faute commise, en admettant qu'il y eût eu faute. — « Vous avez sali nos triomphes. Je vous ferai passer devant un conseil de guerre. » Comme le colonel continuait à se défendre, le général lui dit : (f Rendez-vous aux arrêts », et, sa victime ne bougeant pas, il ajouta : « aux arrêts de rigueur », ce qui entraînait la cessation immédiate de tout service.
Alors, le colonel Clerc, débouclant son ceinturon, jeta son sabre aux pieds du général, qui, comprenant qu'il