II. A
était allé trop loin, dit aussitôt : « Reprenez votre sabre. » L'officier obéit, au milieu d'un silence de mort. Les efforts qu'il faisait pour se contenir lui faisaient venir les larmes aux yeux. — « Vous pleurez, colonel! dit l'impitoyable Pélissier. — Ce sont les nerfs, mon général. — Eh bien, buvez un verre d'eau, cela les calmera. » — A ce moment, les prolonges chargées de cercueils débouchaient sur la brèche, l'abbé Suchet montait à l'autel. Le service divin fut suivi de la bénédiction dernière, et les corps furent déposés dans les fosses.
Le général laissa tomber sur eux quelques-unes de ces paroles pleines de sensibilité et d'énergie dont il avait le secret, et le colonel Clerc lut un discours fort éloquent. Ce discours se terminait par l'éloge du général et par l'expression des sentiments de respect, de confiance et de dévouement que les troupes nourrissaient pour celui qui venait de les conduire à la victoire.
Le colonel lut ce passage très vite, et sans lever les yeux sur son chef. Et nous nous séparâmes sur la double et triste impression de cette cérémonie funèbre et de la scène pénible qui l'avait accompagnée. Mais, avant de nous éloigner, nous vîmes le commandant Cassaigne, premier aide de camp du'général Pélissier, le seul peut-être qui eût quelque influence sur cette âme de fer, et le colonel Deligny qui venait de marchera la tête de la colonne d'assaut, s'approcher du colonel Clerc et lui serrer ostensiblement la main, pour bien lui marquer qu'il n'avait perdu ni l'estime ni l'affection de ses camarades. En accompagnant son chef au quartier général, Cassaigne affecta de garder le silence et de ne répondre que par des monosyllabes aux efforts que faisait le général pour soutenir la conversation. Ce dernier, n'y tenant plus, finit par lui dire : « Cassaigne, vous me boudez? — Certainement; on ne traite pas un brave officier comme vous venez de le faire. — C'est