‹ Mes souvenirsChapitre 30 sur 262 · COMMANDANT SUPÉRIEUR · texte numérisé non relu

COMMANDANT SUPÉRIEUR

dition et ne voulait pas compromettre sa santé, déjà éprouvée par un long séjour en Afrique. Le second était mon commandant direct, le chef d'escadrons de Francq. Je l'aurais volontiers accepté pour chef et secondé de mon mieux; mais il arrivait des dragons, débutait en Afrique, et il n'osait pas accepter une situation dont il s'exagérait sans doute les difficultés. En arrivant au régiment, il avait été prévenu contre moi par son collègue, le commandant Fénis de Lacombe, qui ne m'aimait guère, et qui m'avait représenté comme un officier indépendant. Le portrait était chargé, faux même, car si, comme chef de bureau arabe, j'échappais forcément à l'autorité des officiers supérieurs qui ne me le pardonnaient pas, comme capitaine d'escadron et dans le rang, j'étais, j'ose le dire, le plus discipliné de tous les officiers.

D'ailleurs, je me débarbouillai bien vite à ses yeux, en me mettant, avec empressement, àsadispositionpour lui rendre une foule de petits services. Comme il avait bon caractère, nous nous liâmes étroitement pendant la campagne. Par un singulier hasard de carrière, quelques années plus tard, j'eus de Francq comme lieutenantcolonel, quand je pris le commandement du 3e de chasseurs d'Afrique. Et jamais il n'a eu à se plaindre de moi.

La garnison de Laghouat, que j'allais avoir à commander et qui était réellement trop importante pour un officier de mon grade, si je n'avais pas dû bientôt passer chef d'escadrons, était ainsi composée : deux compagnies de zouaves, deux compagnies du 60e de ligne dont une de grenadiers, deux compagnies de tirailleurs indigènes, deux compagnies du 2e bataillon d'infanterie légère d'Afrique, un escadron de cavalerie commandé par le capitaine de Sezicy, formé par deux pelotons du 1" de chasseurs d'Afrique et deux pelotons de mon escadron de spahis. La difficulté principale était

l'impossibilité de trouver des compagnies dont tous les capitaines fussent moins anciens de grade que moi. Le général y pourvut, en permettant aux capitaines de laisser leur compagnie à leur lieutenant, et de rentrer à leur corps.

Les deux capitaines de zouaves, seuls, profitèrent de cette permission. Les autres acceptèrent de bonne grâce cette infraction au règlement, qui ne reconnaît qu'aux généraux le droit d'être appelés à un commandement sans condition d'ancienneté, et l'un d'eux, pourtant, celui qui commandait la compagnie du centre du 60e, avait près de vingt ans de grade. Il reçut, peu de jours après, sa nomination de chef de bataillon, à l'ancienneté, sur toute l'arme. Enfin, la garnison était complétée, en prévision des grands travaux que nous allions avoir à exécuter, par un détachement d'une centaine d'ouvriers de toutes professions, commandés par un lieutenant, et dépendant du service du génie du capitaine Schcennagel.

Toutes les questions de détail étant réglées, je vins, à la tête de ma garnison, prendre possession de Laghouat, où m'attendait, devant ses zouaves rangés sous les armes, le colonel Clerc qui me remit le commandement, suivant les prescriptions du cérémonial militaire, avant de rentrer lui-même au camp de la division d'Oran. C'était le 14 décembre 1852.

Le 15, le général Yusuf levait son camp de Ras-el- Mâ pour retourner à Médéah. Le commandant Pein partait en même temps, pour ramener sa petite colonne à Bouçaada. Enfin, le 17, à sept heures du matin, le général Pélissier, le général Rivet et la colonne d'Oran quittèrent à leur tour Laghouat. Je reconduisis à cheval le commandant en chef à une assez grande distance de la ville, et je pourrais redire mot pour mot les paroles que nous échangeâmes pendant cette chevauchée.

Le GÉNÉRAL. — Mon pauvre enfant, je ne vous

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