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DÉNUEMENT

chement du génie n'avait ni pelles ni pioches, et en fait d'outils, nous n'avions que ce que les compagnies d'infanterie avaient gardé avec elles, c'est-à-dire presque rien. Et cependant, il fallait pourvoir au logement et à l'installation des troupes, et les grouper par compagnies dans des maisons voisines les unes des autres, pour qu'en cas d'alarme et de prise d'armes, pendant la nuit, il n'y eût ni désordre ni confusion. J'assignai à chaque compagnie son emplacement, et les hommes eurent bien vite fait de trouver dans les décombres les matériaux nécessaires pour se procurer des logements, sinon très confortables, au moins très suffisants.

La maison de commandement bâtie par Ben-Salem, vaste construction qui dominait toute la ville, était, je l'ai déjà dit, la clef du système d'occupation. Les matériaux n'étaient pas de première qualité, et par conséquent elle ne présentait pas une solidité à toute épreuve ; mais elle était spacieuse, aérée, et nous était d'une précieuse ressource pour le logement de nos blessés, à qui nous ne pouvions mesurer ni l'air ni l'espace. Ces malheureux y étaient abrités, mais nous n'avions rien pour les coucher, et les grands blessés eux-mêmes étaient étendus par terre, dans leurs vêtements, et enveloppés dans une couverture. Le plancher des chambres était un simple lit de béton qui n'offrait aucun inconvénient pour les indigènes, car ils circulent toujours pieds nus , dans l'intérieur des appartements. Mais les gros souliers ferrés de clous de nos infirmiers eurent bientôt détaché du béton une couche épaisse de poussière mêlée de chaux, qui faisait souffrir nos malades et envenimait les plaies.

Je commençai par envoyer la cavalerie récolter une grande quantité d'alfa, qui croissait au sud de Laghouat. J'en fis bourrer des sacs de campement, qui devinrent des paillasses. D'autres sacs, décousus, fournirent des draps de lit bien rudes et bien grossiers, mais qui con-

stituaient une amélioration notable. Enfin , avec les planches des caisses à biscuits, vidées, on fit des bois de lit. Il était difficile d'obtenir mieux, car le plancher n'était pas très solide et eût cédé sous un matériel plus lourd. Celui-là dura pendant tout mon séjour à Laghouat. Je dois même ajouter qu'il m'y a survécu pendant plusieurs années.

Le travail le plus urgent peut-être était le nettoyage complet de la ville et de l'oasis, où de nombreux foyers d'infection étaient accumulés. Dans les décombres , dans les maisons, dans les recoins des jardins, pourrissaient encore des cadavres. Certains puits en étaient bondés. On avait jugé commode de s'en débarrasser en les y jetant, au lendemain de la conquête, alors qu'il était question de tout raser et de ne rien laisser derrière soi. Mais, maintenant qu'on s'établissait, il fallait donner à toute cette pourriture humaine une sépulture plus régulière ; car il était impossible de vivre, sans des dangers terribles, au milieu d'un pareil charnier. Je commençai parfaire rentrer en ville toute cette population arabe, dépossédée et tremblante pour son sort. Je lui assignai des quartiers provisoires, où elle s'établit tant bien que mal, et j'organisai au milieu d'elle des escouades de travailleurs, dont le salaire me permit de répandre quelque peu d'argent parmi ces pauvres diables, en même temps qu'elles m'aidèrent à faire disparaître toute cette pourriture. Bientôt, nous n'eûmes plus rien à craindre, et on put circuler dans les rues sans se boucher le nez.

Le bruit courut néanmoins jusqu'à Alger que nous avions la peste à Laghouat, et il prit assez de consistance pour que le Gouverneur général, qui ne voyait rien de semblable dans mes rapports, me demandât une communication confidentielle et sincère sur l'état sanitaire de ma garnison. Je lui répondis que la mortalité était certainement au-dessus de la moyenne

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