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CARAVANSÉRAILS

attira de nombreux désagréments par une inflexibilité exagérée. Sans compter qu'il fallait, pour le manier, que ses supérieurs employassent toutes les précautions , tous les ménagements, toute la bienveillance dont il s'affranchissait lui-même envers ses subordonnés. Malgré cela, peut-être à cause de cela, je l'aimais beaucoup et je suis resté son ami jusqu'à son dernier jour, c'est-à-dire jusqu'à l'heure où il mourut en débarquant à Oran, à son retour du Mexique, comme lieutenantcolonel de la légion étrangère.

Les autres caravansérails furent moins importants. Pour la construction de deux d'entre eux, le Gouverneur eut l'idée originale de mettre en rivalité Arabes et Français. L'un fut construit par les soldats des bataillons d'Afrique, sur les plans du génie; il coûta fort cher. L'autre fut bâti par des travailleurs indigènes, avec les matériaux du cru; il ne coûta presque rien. Tous les deux rendirent les mêmes services. Enfin tous ces caravansérails furent reliés par une route, qu'on se borna à tracer en enlevant des touffes d'alfa, et qui ne fut jamais le théâtre d'un roulage bien intense.

J'en aurai fini avec ces détails techniques, quand j'aurai dit que, dans chacun de ces caravansérails, on installa un gardien dont le rôle ici-bas consista principalement à nourrir les rares passants, moyennant rétribution, c'est-à-dire à les empoisonner d'abord, pour les écorcher ensuite.

Enfin, il fallait, à Laghouat, de la cavalerie, et on ne savait comment en former, carie Ier régiment de spahis avait ses six escadrons, dont cinq en Algérie et le 6e au Sénégal. On ne voulait pas faire venir, de Bogharà Laghouat, mon ancien escadron, parce que cette enjambée de soixante-dix lieues parut un peu forte, et aussi parce que cet escadron ne devait pas être dérangé dans l'expérience qu'il faisait du système des smalas. On tourna

la difficulté, en formant à Laghouat un détachement qui comptait pour mémoire à l'escadron du Sénégal, mais qui avait un effectif aussi considérable qu'un escadron ordinaire. Les Larba lui fournirent de superbes cavaliers montés sur leurs infatigables juments, dont quelquesunes atteignaient des prix presque fantastiques. C'était la seule troupe de cavalerie montée en juments arabes. En outre, comme cavalerie auxiliaire, j'obtins l'autorisation d'organiser un Maghzen, à la tête duquel je mis deux hommes appartenant à une famille considérée et faisant partie de la tribu noble des Oulad-Chaïb. Internés en France par mesure administrative, ils avaient été délivrés sur la proposition d' Yusuf , et étaient venus vivre en grands seigneurs à Boghar, où je les connus. L'un, Ben-Aouda, nous resta toujours fidèle; l'autre, Boudissah, chevalier de la Légion d'honneur, fit défection et fut tué, dans un des premiers combats de l'insurrection de 1864.

Le général Randon n'avait pas tout d'abord confirmé ma nomination provisoire de commandant à Laghouat. Il faut croire qu'il ne fut pas trop mécontent de moi, car il m'envoya ma lettre de service, avec des éloges que, devenu maréchal, il a reproduits dans ses « Mémoires » .

« Le commandement du cercle dont Laghouat devait être le centre exigeait de la part de l'officier qui en serait chargé la réunion de qualités diverses. A un caractère prompt et décidé, il devait joindre la prudence que commandait cette position éloignée. Ses préoccupations devaient aussi bien s'appliquer aux questions militaires qu'à celles qui touchent à la politique et au commerce.

« Le choix se porta sur le capitaine du Barail, du ierde spahis, apprécié déjà pour sa bravoure aussi bien que pour la connaissance qu'il avait des affaires arabes, et la confiance mise en lui fut pleinement justifiée. » (Mémoires du maréchal Randon, t. I, p. 120.)

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