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UN PETIT CONGÉ

En même temps, il m'écrivait qu'il savait ma santé fort ébranlée par un long séjour en Afrique, mais qu'il faisait « appel à mon dévouement et qu'il me demandait de ne pas m'absenter dans un moment où il croyait ma présence nécessaire ». En revanche, disait-il, il serait le premier, dès que les circonstances le permettraient, à se souvenir qu'il me promettait trois mois de repos bien gagnés.

Effectivement, vers le 15 juin, sa campagne des Babors heureusement et rapidement terminée, il me fit savoir que je pouvais partir, mais à une condition : c'est que je m'engagerais formellement à revenir à mon poste. Je n'avais plus à attendre, pour aller m'embarquer, que l'arrivée de mon intérimaire, le commandant Pein. Cet officier, commandant supérieur du cercle de Bouçaâda, était peu flatté d'avoir à remplacer provisoirement un camarade moins ancien. En arrivant, il vint très loyalement m'exposer son dépit, et je lui promis de faire tout au monde pour lui épargner ce désagrément, tout, dussé-je renoncer à mon congé. En arrivant à Alger, j'allai trouver le Gouverneur, qui me reçut d'une façon charmante et qui, sur mes instances, renvoya Pein à Bouçaâda , et confia mon intérim à son aide de camp, le capitaine Galinier, qui s'en chargea avec plaisir.

Je dus renouveler au grand chef la promesse de rejoindre mon poste, et, par faveur spéciale, le général Randon me fit embarquer, le 2 juillet, sur une frégate à vapeur de l'Etat en partance pour Toulon. J'y trouvai, coïncidence singulière! cet ancien lieutenant de vaisseau, commandant l'aviso /# Chimère, qui transporta toute ma famille de Toulon à Oran, en 1835, lorsque mon père y vint prendre le commandement de la place : le commandant Dispans. Lui aussi avait avancé depuis cette époque, mais pas de beaucoup, d'un seul grade. Il n'était que capitaine de frégate, et il allait, comme

passager, rejoindre son port d'attache. La traversée fut charmante.

Je comptais aller passer mon congé près de ma mère qui s'était retirée à Nancy, mais je ne pouvais » pas traverser Paris sans y prendre langue, sans voir un peu ce qu'était devenue la capitale sous le régime nouveau dont jouissait la France, pour lequel j'avais voté et pour lequel je nourrissais déjà des sympathies que ni le temps, ni ses malheurs, ni ses fautes n'ont, d'ailleurs, altérées. J'avais même l'ambition d'être reçu par l'Empereur.

J'allai tout d'abord voir, au ministère de la Guerre, le colonel Trochu, qui y occupait une situation importante. Il était directeur adjoint du personnel, aux côtés du général Peyssard qui, toujours malade, lui laissait toute la responsabilité, et aussi tout le prestige, de ces hautes fonctions. Depuis notre campagne de Mascara, j'avais conservé avec lui des rapports dont sa supériorité de grade et d'âge n'atténuait pas la cordialité. Il me reçut à bras ouverts, et voulait absolument me faire rentrer en France, en me laissant le choix de mon régiment. Mais j'avais engagé ma parole au Gouverneur général et je dus résister à ses amicales instances. Le ministre de la Guerre, le maréchal de Saint-Arnaud, m'accueillit, lui aussi, comme un ancien compagnon d'armes d'Afrique. Il me retint à déjeuner et me présenta à la maréchale, que je ne devais plus revoir que quarante ans après ce jour-là.

Enfin, j'allai voir le camarade Fleury , alors au comble des honneurs et de la fortune. Colonel des Guides, dont le magnifique régiment constituait encore la seule garde personnelle du Souverain, aide de camp de l'Empereur, premier écuyer, et remplissant par le fait déjà les fonctions de la grande charge de la Couronne de Grand Ecuyer, qu'il conserva jusqu'à la fin de l'Empire, il était, par-dessus tout et avant tout, l'ami personnel de

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