AU M'ZAB
Les Mozabites. — Mes tonnelets. — Marche joyeuse. — Un coup de caveçon. — Fausse manœuvre. — Un autographe. — Histoires de femmes. — Singulier candidat. — Les puits artésiens. — Amende honorable. — Les zéphyrs. — Deux meurtres. — Un dispensaire. — Officier de la Légion d'honneur.
Prenons, si vous le voulez bien, une carte de la géographie de l'Afrique; non pas une de celles de mon temps, où cette espèce de cœur immense que dessine le continent africain ne portait des noms que sur sa bordure, alors que tout l'intérieur était en blanc; mais une planche des excellents atlas édités par Hachette ou par Colin, où les résultats de toutes les explorations sont mis à jour. A environ quarante-cinq lieues au sud de Laghouat, en obliquant un peu vers l'est, on peut lire ce mot : M'zab. Qu'est-ce que c'est que le M'zab? C'est une sorte de dépression, de large vallée de sable, vallée sans rivière, mais non tout à fait sans eau. Dans cette région du Sahara, les rivières à courant continu n'existent pas. Cependant, il faut bien que les eaux s'écoulent, après des pluies quelquefois abondantes, mais le lit qu'elles se sont creusé ne les retient pas longtemps. Une partie disparaît par l'évaporation, une autre partie s'enfonce dans le sable et se répand en nappes souter-
raines, laissant çà et là des flaques plus ou moins profondes et très souvent trompeuses, que les Arabes appellent des R'dir. Ils ont même un proverbe pour indiquer les déceptions que causent souvent ces mares, sans lesquelles on ne pourrait pas voyager. Ils disent : « R'dir, R'daïn », ce qui signifie que le R'dir est traître, parce qu'il ne tient pas toujours ce qu'il promet.
Donc, dans cette dépression où vient se perdre la rivière qu'on appelle l'a Oued M'zab », il y a à la fois des flaques superficielles et des nappes souterraines. Dans sept endroits, ces nappes ont été atteintes par des puits multipliés, que les habitants savent creuser avec une adresse tout à fait extraordinaire. Et chacune de ces agglomérations de puits a donné naissance à une oasis qui contient une ville. Ces sept oasis sont très rapprochées l'une de l'autre, tellementrapprochéesque, d'après la légende, le muezzin, quand il appelle à la prière du haut des minarets de Melika, la ville sainte, peut faire entendre sa voix dans cinq des villes confédérées. Les sept villes, d'ailleurs, ne couvrent pas, avec leurs maisons et leurs palmiers, à elles toutes, plus de mille hectares.
Le dernier recensement des habitants et des palmiers a été fait en 1884, et, comme les mouvements de population ne sont pas étendus dans ces régions, il doit donner à peu près exactement l'évaluation de ce qu'était le M'zab de mon temps.
Les sept villes s'appellent : Ghardaïa, Melika, Beni- Isguen, Bou-Noura, El Ateuf, Berryan, Guerrara.
Deux d'entre elles, Berryan et Guerrara, sont détachées du groupe principal, comme deux sentinelles avancées, regardant l'une au nord-ouest, l'autre au nord-est.
Elles contiennent une population totale de 23,051 habitants et 183,242 palmiers. Ces palmiers produisent des dattes exquises, aussi bonnes que celles de la