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LES MOZABITES

Tunisie et du Souf, et bien supérieures à celles de Laghouat. Aussi, le rendement annuel de chaque palmier doit-il approcher de 20 francs , ce qui constituerait un revenu relativement considérable de 3,664,840 francs.

Les habitants, les Beni-M'zab ou Mozabites, appartiennent au plus ancien schisme musulman. Ils sont de pure race berbère, et établis depuis le onzième siècle dans cette sorte de cirque, long d'environ dix -huit kilomètres et large de deux.

Ils ont un dialecte qui se rapproche de la langue parlée par les Kabyles et les Touareg. Mais tous, au moins les hommes, parlent l'arabe. A cette époque, c'est-à-dire bien avant l'annexion, qui n'a eu lieu qu'en 1882, chacune des sept villes formait une petite république théocratique indépendante, gouvernée par ses marabouts, déléguant, quand besoin était, des représentants à une assemblée générale du M'zab.

Les Mozabites n'étaient pas seulement de prodigieux organisateurs d'oasis, ils étaient, et ils sont encore, des commerçants de premier ordre. Ils ont réussi à faire de leur pays un grand entrepôt de céréales, où viennent puiser les nomades et qu'alimentent les cultivateurs du Nord, dont ils se font parfois les commanditaires. De là, un va-et-vient perpétuel de caravanes quiles mettait sous notre dépendance, puisque nous pouvions tarir leur trafic en barrant le passage des convois. Enfin, les Mozabites sont en quelque sorte les Auvergnats de l'Afrique; ils ont essaimé dans le Tell et sur les côtes où ils se livrent au commerce. Et, pour évaluer leur population totale, il faudrait ajouter au chiffre précédemment donné une dizaine de milliers de trafiquants, installés dans toute l'Algérie et nourrissant d'ailleurs l'espoir, qu'ils réalisent, de revenir au pays après fortune faite.

Ces rusés négociants désiraient pouvoir circuler dans

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nos possessions, tout en nous empêchant d'aller chez eux attenter à leur indépendance et imposer des taxes. Ils avaient réussi à entretenir des illusions à peu près générales, non seulement sur leur nombre qu'on disait très considérable, mais encore sur leurs mœurs qu'on disait très belliqueuses. Dans les réjouissances publiques auxquelles ils prenaient part, nous les voyions apporter une ardeur extrême, courant, comme pour charger un ennemi imaginaire, faisant feu sur lui avec des fusils, des tromblons et des espingoles, se lançant en arrière pour recharger leurs armes, et revenant avec une furie nouvelle. Et, en les voyant si animés, on était arrivé à penser que de pareils gaillards ne seraient pas faciles à dompter. Ces gambades, je dois l'avouer, ne m'imposaient guère, parce que je les jugeais tout à fait inoffensives pour une troupe habituée à combattre en ordre et à ne pas se laisser effrayer par un vain bruit.

D'ailleurs mon ami Cheick-Ali, mon bienfaiteur de Laghouat, me tenait minutieusement au courant de tout ce qui se passait chez eux, car il avait des intérêts au M'zab. Par lui, je savais qu'ils se soumettraient à tout plutôt que de voir saccager leurs beaux palmiers et leurs entrepôts de céréales. Par lui, je savais également les intrigues qui se tramaient dans les sept villes, et que, dans ce pays républicain, il y avait deux partis : celui qui détenait le pouvoir et celui qui aspirait à s'en emparer. Ce dernier, suivant une habitude, hélas! trop générale, était toujours disposé à appeler l'étranger, pour atteindre, grâce à son appui, le but de son ambition. Aussi, convaincu que nous étions contraints, par le souci de notre propre sécurité, d'aller de l'avant, je fatiguais presque continuellement, depuis des mois, le Gouverneur général, par des lettres terminées par mon « delenda Carthago » : il faut soumettre le M'zab.

a II n'y a pas de guerriers dans le M'zab, il n'y a

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