FAUSSE MANŒUVRE
Hamza y avait expédiées de son côté. Le bach-aga des Ouled-Sidi-Cheik informait le Gouverneur que, se croyant appuyé par une colonne manœuvrant dans le M'zab, il avait attaqué et pris Ouargla. Malheureusement, le chérif avait pu s'échapper par les dunes de sable qui entourent la ville et qui sont impraticables pour la cavalerie. On l'aurait certainement capturé si l'on avait eu de l'infanterie, et Si-Hamza ne s'expliquait pas la retraite subite de la colonne que rien ne justifiait et qui l'eût compromis, si sa victoire avait été moins complète. Le Gouverneur, le général Randon, ajoutait : « Je ne doute pas qu'en apprenant ces nouvelles, le commandant du Barail ne se soit reporté dans le Sud. » C'était tout. Je profitai aussitôt de ma liberté reconquise, et, après vingt-quatre heures de repos, je repartais avec tout mon monde.
La route n'avait plus de mystères pour nous. Les soldats faisaient, de gais refrains aux lèvres, leur étape quotidienne de dix lieues, et trouvaient encore la force de danser en rond autour des mares d'eau bourbeuse qu'ils rencontraient. Cette fois, j'allai à Ghardaïa, qui est la ville la plus importante de la confédération. Cette ville obéissait alors à un vieillard nommé Omar-ben- Baloulou , qui ne nous portait pas précisément dans son cœur, mais qui, connaissant l'esprit peu guerrier de ses compatriotes, d'ailleurs démoralisés par la prise d'Ouargla, et ne voulant pas s'attirer de désagréments, nous accueillit fort convenablement. Je répondis à son accueil en maintenant une exacte discipline parmi les troupes.
Il fallait, maintenant, songer au côté pratique des choses. Je réunis à Ghardaïa les notables des sept villes de la confédération, et, en vertu des instructions que j'avais reçues, je leur exposai que, venant faire chez nous un trafic très avantageux pour eux, il était juste qu'ils reconnussent par un tribut les avantages que 11. g
ii4 MES SOUVENIRS.
nous leur accordions, la sécurité qu'ils trouvaient sur nos routes et dans nos villes, et je fixai ce tribut à près de cinquante mille francs par an, leur promettant, en échange, que les Français ne s'immisceraient pas dans leurs affaires intérieures et les laisseraient se gouverner selon leurs usages. Après avoir discuté pour la forme, ils adhérèrent à ma proposition, et la première annuité fut presque immédiatement portée à Laghouat. Tout en m'occupant de ces négociations et de cette organisation qui a duré jusqu'à 1882, époque où un bureau arabe a été établi à Ghardaïa et où le M'zab a été annexé, j'entretenais avec Alger une correspondance assez active, car je tenais avant tout à me disculper de la faute qu'on m'avait reprochée, lorsque j'étais parti la première fois pour le M'zab. Le bon général Rivet m'avait écrit tout d'abord, pour enlever à la mission du colonel Cissey ce qu'elle avait de blessant et de comminatoire, et aussi pour justifier le mécontentement du Gouverneur. Je me défendais comme un beau diable, et, chacun restant dans son opinion, répétant les mêmes arguments, il n'y avait pas de raison pour que cette correspondance prît fin. Elle se termina pourtant de la façon suivante. Le général Rivet m'écrivit : « Voyez-vous, mon cher ami, quand le Gouverneur général vous dit que vous avez tort, vous n'avez qu'une chose à faire : reconnaître que vous avez tort. »
Je répondis : « Vous avez raison, mon général, du moment que c'est une affaire de discipline, je ne puis faire autrement que de reconnaître que j'ai eu tort. »
Enfin, le général Randon, lui-même, eut la bonne grâce de mettre un post-scriptum définitif à cet échange de correspondances, en m'adressant la lettre suivante, écrite tout entière de sa main ;