LES PUITS ARTÉSIENS
Aussi est-elle d'une fertilité extraordinaire, et sa végétation luxuriante contraste d'une façon saisissante avec le Souf qui l'avoisine et qui, lui, ne présente que l'aspect désolé de grandes dunes de sable semblables aux lames de l'Océan courroucé et que le vent déplace sans cesse. On peut penser que le métier de puisatier est honoré, en raison de son utilité et en raison, aussi, des dangers qu'il présente. Il est dangereux parce que ceux qui l'exercent n'emploient que des moyens primitifs et imparfaits. Le puits est creusé par un seul homme, qui s'enfonce dans la terre sans autre outil qu'une petite plate-forme de planches pour poser ses pieds et une pioche. Il creuse quelquefois pendant des mois, et entasse la terre dans des paniers qu'on monte avec des cordes jusqu'à la surface du sol.
Quand son expérience lui apprend qu'il approche de l'eau, il se fait attacher sous les bras par une corde et se bouche les narines et les oreilles avec de la cire. Tout à coup, l'eau soulève en jaillissant la dernière et mince couche de terre sur laquelle il travaillait, emportant le puisatier et sa plate-forme, et si le malheureux n'est pas retiré à temps, il est noyé, asphyxié, avant d'être arrivé à la bouche de cette espèce de canon humide. Les eaux de ces puits sont ensuite répandues par des multitudes de canaux sur la surface aride qui va, grâce à elles, devenir un jardin et un verger. Tout le monde sait d'ailleurs que nous avons perfectionné le forage des puits artésiens, et que l'installation des oasis est devenue une industrie très prospère.
Lorsque le colonel Durrieu eut tout réglé, nos deux colonnes se replièrent sur Laghouat, d'où celle du commandant Niqueux devait regagner Tiaret. En y arrivant, nous devions éprouver l'orgueil de constater que le Gouverneur général lui-même avait tenu à venir audevant de nous, pour nous apporter ses félicitations. Le général Randon était arrivé, le 8 février, à Laghouat,
où entrait, en même temps que lui, le colonel Durrieu qui nous avait précédés, nous laissant campés à quelques kilomètres de l'oasis. Dans ses Mémoires le maréchal Randon affirme que cette coïncidence n'était pas l'effet du hasard, et il ajoute :
« Tant que dura cette expédition, les mouvements de nos colonnes s'accomplirent avec une rapidité et une régularité mathématiques. » Or, ce que je viens de raconter prouve que le hasard, Sa Sacrée Majesté le hasard, comme disait Frédéric II, avait bien un peu aidé les mathématiques.
Le lendemain, 9 février, nos troupes, en parfait état et alignées dans un ordre irréprochable, attendaient, sous les armes, le Gouverneur général, qui leur adressa l'ordre du jour suivant :
« Soldats des colonnes du Sud !
« Je suis venu à votre rencontre afin de vous donner plus tôt un témoignage de satisfaction pour le zèle, la persévérance et l'ardeur que vous avez déployés dans cette dernière campagne.
« Si vous n'avez pas eu de combats à livrer, vous avez supporté de rudes fatigues, et votre présence au milieu de l'Oued-M'zab et d'Ouargla a été une véritable victoire.
« Vous avez montré le drapeau de la France dans des régions où naguère on ne supposait pas que vous pussiez pénétrer. Vous avez franchi ces solitudes sans eau du désert, ces barrières de sable au delà desquelles nos ennemis se croyaient invulnérables.
« Les populations du Sud n'ont plus de mystères pour vous.
« Ces populations qui viennent des points les plus éloignés faire acte de soumission à la France, sont les résultats heureux de cette campagne. Vous devez en