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DEUX MEURTRES

Comme nous avions plusieurs compagnies de discipline échelonnées entre Laghouat et Djelfa pour nos travaux, afin de prévenir les désertions, j'avais donné l'ordre aux caïds d'arrêter tout soldat voyageant isolément et sans permission écrite. Un zéphyr s'échappe pour aller passer quelques jours à Médéah, sans permission. Il est arrêté par un caïd qui réquisitionne un Arabe et son mulet pour le conduire à Djelfa. Le zéphyr monte sur le mulet, que l'Arabe conduit par la bride, prend son fusil et casse la tête du malheureux conducteur, pour rien, pour se distraire. D'autres Arabes, au bruit du coup de feu, accourent, s'emparent du meurtrier et l'emmènent à Djelfa où d'Ornano le mit dans un silo. Il y contracta une fluxion de poitrine qui l'emporta.

Ce fut là l'un des deux seuls crimes contre les personnes qui furent commis pendant les deux ans et demi que je commandai à Laghouat. Le second est aussi inexplicable que le premier.

Un zéphyr en « bordée » comme l'autre vient à Laghouat. Il rencontre dans une ruelle un habitant qui allait arroser son jardin. Sans provocation, sans même avoir échangé un mot avec l'indigène, il l'ajuste et le tue. Il était trois heures de l'après-midi, et les jardins étaient remplis de|monde. Le zéphyr est arrêté. Celuilà passa devant un conseil de guerre et fut condamné à mort. J'insistai pour qu'on l'exécutât, et je fis valoir que si on se laissait aller à la moindre indulgence, les bons payeraient pour les mauvais; car les indigènes, dont la vie ne serait plus sauvegardée, useraient légitimement de représailles.

Depuis quinze mois, je gouvernais Laghouat. La défense de la ville était complète. La vie régulière y avait repris. Les boutiques commençaient à s'ouvrir où l*on pouvait trouver tous les objets de nécessité. Je ne désespérais pas d'y créer un marché pour les laines et

les céréales de la contrée. Je faisais de mon mieux pour le relèvement matériel et moral de la malheureuse population dont je m'étais constitué l'avocat. Déjà, quelques jardins avaient été rendus à leurs propriétaires non compromis, mais je luttais encore contre le ministère de la Guerre, dans l'affaire du docteur Baudens qui avait obtenu, comme je l'ai raconté, une concession de six mille palmiers et qui était déjà possesseur, en Algérie, de plusieurs propriétés obtenues de la même façon, entre autres d'une magnifique orangerie à Blidah.

Le docteur poussa jusqu'à Laghouat pour essayer de me convaincre. C'était un charmant compagnon, un inépuisable causeur dont la mémoire était meublée d'anecdotes intéressantes et amusantes. Il descendit chez moi. Je jouis avec délices de sa société, mais il ne me convertit pas. Et puis, il se passa entre nous un petit fait qui me déplut. Mon pauvre ami Gruard, atteint du délire de la persécution et qui allait en mourir, était à l'hôpital, ne dormant plus, ne mangeant plus. Je suppliai le docteur Baudens, qui jouissait d'une grande réputation méritée, de le voir. Il n'y consentit jamais, et à toutes mes instances il répondait qu'il n'était pas venu en médecin et qu'il ne voulait pas se mêler de ce qui ne le regardait pas. Je crois bien! Il était venu en négociant.

J'avais trouvé heureusement dans ma garnison un autre médecin, le docteur Reboul, qui ne ressemblait guère à celui-là. C'était un savant modeste, passionné pour la botanique et les sciences naturelles. Il me demanda d'être détaché à Djelfa, qui lui offrait plus d'éléments pour ses recherches. J'y consentis, mais à condition qu'il créerait là, pour les indigènes, une sorte de dispensaire, dont j'avais depuis longtemps l'idée, et dans lequel les Arabes trouveraient des consultations gratuites et des distributions de médicaments également gratuits. Je savais que l'Arabe préfère généralement

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