‹ Mes souvenirsChapitre 69 sur 262 · GUET-APENS · texte numérisé non relu

GUET-APENS

tirailleurs indigènes commandés par un sergent et montés sur des dromadaires de l'équipage, plus quelques cavaliers du Maghzen qu'il réunit à trois ou quatre cents cavaliers des goums de son arrondissement. Il partit de Djelfa, le 1 1 octobre, à la tête de cette petite troupe pour surveiller l'émigration, bivouaqua à Aïn- Naya (source de la Chamelle) et en partit, le 12, pour se rendre à Messad.

Pendant cette marche, la queue de sa colonne fut rejointe par trois cents fantassins appartenant à la tribu des Oulad-Amelakouas, de la confédération des Oulad-Nayl, et subitement attaquée par eux. A la première décharge, le malheureux de Boisguilbert tomba foudroyé, avec cinq de ses spahis. D'Ornano réunit les spahis survivants, le Maghzen et les tirailleurs, et chargea deux fois, à leur tête, les Oulad-Amelakouas. Il leur tua une vingtaine d'hommes, mais faillit y rester lui-même, car il eut un cheval blessé et un autre tué sous lui. Il ne dut la vie qu'au dévouement d'un de mes spahis, nommé Lackdar-Bel-Cassem, qui le dégagea, lui donna son cheval, fut lui-même grièvement blessé et mérita, par ce fait d'armes, la médaille militaire. D'Ornano comprit que ce serait folie de chercher à résister au torrent des Oulad-Amelakouas qui, tous, s'étaient mis en insurrection, après ce premier engagement. Il rallia tout son monde à Messad, d'où il m'expédia un cavalier pour me prévenir et un autre pour avertir, à Bouçâada, le commandant Pein, notre voisin de cercle, avec qui nous étions convenus de nous prêter un mutuel appui. Sa lettre, que je vois encore, commençait, en un style de proclamation, par ces mots : « Mon commandant, la poudre a parlé. »

En ce moment, j'avais toujours sous la main une petite colonne prête au départ, et ma correspondance avec d'Ornano m'avait inspiré assez d'inquiétude pour que je la tinsse toujours en haleine. J'envoyai chercher

les dromadaires destinés à la transporter et qui broutaient à proximité de l'oasis, de sorte que, prévenu le matin, je pus me mettre en route avant le soir, avec trois cent quarante fantassins montés sur des chameaux, trente-cinq spahis, quinze cavaliers du Maghzen et cent cavaliers du goum des Larbâ. Les hommes emportaient huit jours de vivres en biscuit, riz, sucre et café.

Le 15, je ralliai d'Ornano à Messad. Les insurgés, embarrassés par leur nombre et par leurs immenses troupeaux, n'avaient pu s'échapper vers le Sud. Ils s'étaient arrêtés dans un terrain semé de rochers, creusé de profonds ravins, sur les dernières pentes méridionales du Boukhaïl. En me hâtant, je pouvais, à la rigueur, m'interposer entre eux et les espaces libres du Sud, leur en couper la route, et les prendre à revers. Je me remis aussitôt en chemin et, grâce à mes dromadaires, qui me permettaient d'exécuter des marches forcées, le jour suivant, vers midi, j'arrivai au puits de Lefta. C'était là que j'avais donné rendezvous au commandant Pein, parti de Bouçâada avec une compagnie de tirailleurs, la seule dont il pût disposer. Mes éclaireurs et les siens, nos Chouafs, nous avaient renseignés, tous deux, sur notre double marche, et mon camarade arriva exactement au point indiqué. Là, nous reçûmes des avis certains sur la position des insurgés. La tribu tout entière était campée près de nous, dans une profonde vallée dont nous étions séparés par une ligne de rochers escarpés. Nous ne pouvions les joindre que par deux défilés, très sinueux, très étroits, dont les parois taillées à pic offraient la plus facile de toutes les défenses. S'ils étaient occupés, ils devenaient infranchissables, car il suffisait de faire rouler quelques rochers pour écraser toute troupe qui aurait tenté le passage.

Pein et moi nous tînmes, sur le terrain, un petit con-

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