‹ Mes souvenirsChapitre 7 sur 262 · GENDRE ET BEAU-PÈRE · texte numérisé non relu

GENDRE ET BEAU-PÈRE

ïïeutenant-colonel, trois chefs d'escadrons, un major, trois adjudants-majors et un capitaine d'état-major. Je rapporte ce détail parce qu'il montre combien sont rares ceux qui placent le bien général avant leurs intérêts particuliers.

Cependant la situation empirait dans le Sud, l'agitation gagnait de proche en proche, et, au mois de mars, le Gouverneur général envoyait le général de Ladmirault à Laghouat, avec une colonne expéditionnaire de cinq bataillons d'infanterie, de quatre escadrons et d'une batterie de montagne. Le général de Ladmirault me demanda; le gouverneur général me refusa, ne voulant pas me distraire de l'installation de ma smala. Et, après un séjour de vingt-quatre heures au-dessous de Boghar, la colonne du Sud, qui avait complété ses approvisionnements, fila sur Laghouat. Là, on n'était plus qu'à une dizaine de lieues de ce qu'on considérait encore comme nos colonnes d'Hercule.

Le général de Ladmirault , qui sentait combien il était impossible d'aller chercher Ben-Nacer au fond du pays des M'zab, essaya de l'amadouer par de bonnes paroles. Il lui écrivit qu'il n'y avait au fond de tout cela qu'un malentendu, que le Gouverneur général l'aimait beaucoup; que s'il voulait revenir, tout serait oublié. Ben-Nacer-ben-Chorâ répondit à ces premières ouvertures qu'il n'était pas responsable des événements qui s'étaient produits, qu'on l'avait humilié, qu'on avait méprisé ses plaintes, qu'on avait tout fait pour le pousser à bout. Bientôt, il s'établit une correspondance régulière entre le général de Ladmirault, campé sous les murs de Laghouat, et le rusé chef, retiré près de Ouargla. a Reviens! disait le général. — Je ne puis pas revenir, répondait Ben-Chorâ, pour être placé sous l'autorité de Ben-Salem. »

Et les estafettes se succédaient, emportant toujours

de nouvelles concessions du général et de nouvelles exigences du bach-agha.

— Reviens, et tu seras indépendant; tu ne dépendras plus que de moi.

— Je vous connais; si je reviens et que mon beaupère soit encore khaliffa de Laghouat, vous me remettrez sous son autorité.

— Reviens! Tes craintes sont chimériques. Ben- Salem n'est plus khaliffa de Laghouat.

— Ce n'est pas suffisant. Tant qu'il sera à Laghouat, je n'aurai pas confiance.

— Reviens! te dis-je. Nous sommes des gens loyaux. Ben-Salem va être interné dans une ville du Tell.

Peu à peu, ce bon gendre aurait fini par demander les oreilles, puis la tête de son beau-père.

Malheureusement, pendant que le général écrivait, ses trois mille hommes et ses six cents chevaux mangeaient; de sorte qu'au plus fort de ses négociations, il fut forcé de réclamer un convoi de ravitaillement de trente jours de vivres, et c'est moi qui fus chargé de former ce convoi et de le conduire.

C'était la première fois qu'une pareille mission m'incombait, et elle n'était pas précisément facile. Il s'agissait d'abord de réquisitionner, dans les tribus du cercle, dix-huit cents chameaux, en répartissant sur toutes cette lourde corvée et en luttant contre les lenteurs et les ruses des Arabes mécontents. Il fallait ensuite réunir le chargement, égaliser les charges, faire venir toutes les bêtes de somme par petits paquets, sans perdre de temps et en évitant tout encombrement, rendre chaque chef de groupe responsable de ce qu'il emportait, puis redoubler de surveillance et de précaution, pour empêcher les Arabes de manger le convoi, car les chameliers arrivaient sans provisions, et comptaient bien prendre sur leurs chameaux de quoi vivre,

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