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LE COLONEL DESVAUX

l'armée, et par une porte que personne n'avait franchie, sans s'attirer l'animadversion des officiers de carrière. Il avait reçu le brevet de sous-lieutenant, comme récompense nationale, à la suite des « trois glorieuses », et il a été le seul des officiers de cette origine, avec le général Feray , gendre du maréchal Bugeaud , qui soit arrivé aux honneurs des hauts grades. Ce qu'il y a de tout à fait particulier dans son histoire, c'est qu'il était absent de Paris pendant les trois jours de la révolution de Juillet. Quand on présenta à la Chambre la liste des candidats officiers qui devaient être récompensés par l'épaulette de leur participation à l'insurrection, un de ses amis intimes, M. Delannoy, élève à l'Ecole polytechnique , un des vainqueurs des Tuileries , l'y inscrivit d'office , et , plus tard , le général Desvaux devait le retrouver ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, dans la province de Constantine, quand il en prit le commandement. Son ancien aide de camp, le colonel Robert, m'a assuré que le général Desvaux, en 1830, était le secrétaire particulier de M. Jacques Laffitte, et que cette position avait été son principal titre à son admission dans l'armée, comme sous-lieutenant.

A peine entré au service, il travailla et réussit à faire oublier ses origines. Sorti le premier de l'Ecole de cavalerie, il avait servi comme lieutenant au 4e de hussards, commandé par le fameux colonel de Brack. Il passa, encore très jeune, comme capitaine instructeur, au 3e de chasseurs d'Afrique , et entra bientôt dans les affaires arabes, où il acquit une supériorité que ses rivaux étaient les premiers à reconnaître. A ce moment, il était colonel du 3e de spahis et commandait la subdivision de Batna. Le colonel Desvaux était un exemple vivant du triomphe qu'un homme peut remporter avec sa volonté sur sa nature : violent, irascible, artiste, fantaisiste, il avait réussi à se transformer en un milin. 10

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taire froid, méthodique, rigide, observant la règle avec une exactitude chronométrique. Plus tard, me rappelant les souvenirs de notre existence commune à Constantine , il me disait en riant que les gens de l'endroit réglaient ostensiblement, devant lui, leurs montres, quand ils le voyaient traverser à cheval les rues et la place d'Armes.

La colonne qu'il venait de réunir à Biskra comprenait 650 hommes du 68e de ligne et du 3e de tirailleurs; 600 chevaux du 3e de chasseurs d'Afrique et du 3e de spahis; 1,400 fantassins et 1,000 cavaliers arabes, et une section d'artillerie de deux obusiers de montagne. Arrivé à Mraïer, il lança en avant une avantgarde, composée de deux escadrons de spahis, d'une compagnie de tirailleurs , des cavaliers du goum et d'un détachement de fantassins arabes, et commandée par un chef d'escadrons de son régiment, le commandant Marmier, qui poussa jusqu'à l'oasis de Meggarine, située à quelques lieues de Touggourt , où il apprit que les deux chefs rebelles étaient allés soulever les populations du Souf. Le commandant Marmier se mit à leur poursuite. Mais il fut bientôt informé que ses adversaires étaient solidement postés à une oasis appelée Taïbet-el-Guéblia, et lui barraient la route. Comme cette oasis est entourée d'une zone de sable de trois lieues de large, sur laquelle la cavalerie ne peut combattre, le commandant Marmier, qui ne comptait pas beaucoup sur son infanterie arabe, rebroussa chemin, et, le 28 novembre, il revenait coucher près de Meggarine, à un endroit nommé Bou-Beghis. Il était là, dans une excellente position défensive, appuyé sur des jardins de palmiers entourés de murs, ayant devant lui la plaine nue. Mais sa retraite avait enhardi l'ennemi, et, le 29 novembre au matin, 500 cavaliers et 2,000 fantassins arabes, dirigés par le chérif et par Si-Selman en personne, s'avançaient hardiment pour

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