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CHAUDE AFFAIRE

le surprendre. La lutte allait avoir lieu entre Arabes, puisque le commandant n'avait en main à peu près que des forces indigènes. Mais ces forces étaient encadrées par des Français et disciplinées à l'européenne. Le plan d'attaque était d'ailleurs assez bien conçu. Il consistait à aborder le camp par la plaine avec la cavalerie et à le prendre à revers , au moyen des fantassins qui filaient le long des lignes de palmiers étendues de Touggourtà Meggarine, avec l'espoir de s'emparer de ce dernier village. On croyait si peu à tant d'audace que les tirailleurs avaient démonté leurs fusils pour les nettoyer. Mais ils étaient commandés par un vieux capitaine nommé Vindrios, que rien ne troublait et qui, à la vue des Arabes en marche, au lieu d'affoler ses hommes par des commandements précipités, leur répétait lentement : « Mes enfants, ne vous pressez pas; vous avez plus de temps qu'il ne vous en faut. »

La cavalerie était montée achevai par alerte, au premier signal, afin de retarder l'attaque, pour donner à l'infanterie le temps de se mettre en défense. Les goums chargèrent les premiers, et ils furent ramenés. Derrière eux, les deux escadrons de spahis, commandés par les capitaines de Courtivron etClavel, partirent en quatre échelons. Les deux premiers échelons échouèrent, mais le troisième parvint à enfoncer la ligne ennemie. A ce moment les hommes du capitaine Vindrios avaient remonté leurs armes, et, intelligemment postés derrière les murs des jardins, ils accueillirent à coups de fusil l'infanterie arabe qui les assaillait.

L'affaire fut chaude. Au premier rang des combattants se distingua, du côté des Arabes, un mokadem (chef religieux) qui se fit tuer sur place plutôt que de reculer d'une semelle. Cependant, l'ennemi ne tint pas. Quand il le vit ébranlé, le commandant Marmier ramena toute sa cavalerie à la charge derrière l'escadron du capitaine de Courtivron. Ce fut une déroute. Les

Arabes laissèrent sur le terrain 500 morts et quantité d'armes qui, avec cinq étendards, furent les trophées de la journée. Le icr décembre, à dix heures du soir, le chérif et Si-Selman, qui s'étaient réfugiés à Touggourt, s'échappaient de la ville où le lieutenant Roze, de la légion étrangère, Prussien d'origine, entrait le lendemain matin, à la première heure, bientôt suivi par le commandant Marmier, les spahis et les tirailleurs. Le 5, le gros de la colonne Desvaux arriva en même temps que le commandant Pein , avec la colonne de Bouçaâda. Enfin, le 7, j'arrivai moi-même avec ma colonne, qui passa immédiatement sous les ordres du colonel.

Il m'accueillit avec une joie sans mélange, car je ne lui apportais pas seulement les approvisionnements relativement considérables, véhiculés par mon convoi de chameaux; je lui procurais, en outre, un appoint de forces indispensable pour qu'il pût continuer dans le Souf les opérations jugées nécessaires. Il venait de recevoir l'ordre de faire rétrograder toute son infanterie, réclamée par les régiments en partance pour la Crimée.

Aussi, il me demanda tout de suite si j'avais reçu un ordre semblable. L'ordre devait être en route, mais le courrier qui le portait n'avait pu me rejoindre, et il me fut possible de mettre tout mon monde à la disposition du colonel, qui, enchanté, ordonna le soir même le départ pour le lendemain matin.

Encore très jeune, à cette époque-là, et un peu vaniteux des succès que je venais de remporter, j'avais la naïveté de croire que le colonel respecterait l'autonomie de la colonne de Laghouat, et la laisserait sous mon commandement. Il n'en fut rien. Le colonel fondit ma colonne dans la sienne, me prit mes approvisionnements, tout, jusqu'à mes pauvres chameaux qu'il confia à son chef des services administratifs. Il réunit mes goums aux siens, et mon escadron de spahis aux chas-

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