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PARTIE DE PLAISIR

le colonel Abel Douay , le futur héros de Wissembourg ; Orléans ville, où j'avais vécu aux côtés de mon chef vénéré, le général de Martimprey, alors que l'endroit était un enfer brûlé par le soleil et habité par le choléra. Les semences confiées à la terre, sous nos yeux et sous notre impulsion, avaient germé, et je me sentais pour quelque chose dans cette végétation magnifique qui revêtait maintenant cette terre autrefois désolée.

Entre Mascara et Mostaganem, j'avais fait un petit pèlerinage à l'endroit où notre fidèle allié, Mustaphaben-Ismaïl, avait été tué, en traversant le pays des Flittâ. On y avait construit un marabout, à côté duquel vivait isolé, dans la succursale du bureau arabe, un jeune officier de tirailleurs, le capitaine Lucas, qui m'offrit une charmante hospitalité. Nous devions par la suite nous rencontrer bien souvent, avant qu'il mourût prématurément, il y a quelques années, général de division.

A Orléansville, je retrouvai mon ancien chef et camarade, de Francq, que j'avais dépassé, puisqu'il était encore chef d'escadrons. Il me proposa la partie d'aller déjeuner, le lendemain matin, à Milianah, où le Gouverneur se rendait lui-même, soit vingt-six lieues à faire, à franc étrier, avant midi. J'acceptai, et de Francq fit partir en avant les relais nécessaires en chevaux de spahis. Le Gouverneur, à qui je fis part de ce projet, ne voulut pas croire que nous pussions franchir aussi rapidement une pareille distance. Le lendemain matin, comme nos chevaux n'étaient pas encore prêts, j'allai le mettre en voiture. Il nous croyait partis depuis longtemps et se moqua de notre outrecuidance.

— Avez-vous quelque commission pour le commandant de Milianah? lui demandai-je en riant.

— Allons donc, farceur! me répondit-il en bougonnant; j'y serai quatre heures avant vous.

— C'est ce que nous allons voir, monsieur le Gouverneur.

Nous le laissâmes partir. Puis, piquant à travers champs, pour qu'il ne nous vît pas passer, nous nous envolâmes. A Milianah, nous eûmes le temps de déjeuner très tranquillement, de faire un bout de toilette, puis, remontés sur des chevaux frais, d'aller à sa rencontre avec les officiers de la garnison, jusqu'au bas de la montagne dont la ville occupe le versant. Il ne voulait pas en croire ses yeux. C'est que l'on était jeune ! Et puis, on ne montait pas ses chevaux, et on pratiquait cette maxime du cavalier : « Avec des éperons à soi et le cheval d'autrui, on fait du chemin. »

Peu de temps après mon retour à Alger, je reçus ma nomination au Ier de chasseurs d'Afrique, qui me maintenait, comme chef de corps, dans cette charmante garnison, à la tête de quatre beaux escadrons de ce régiment dont les quatre premiers guerroyaient en Orient, avec le colonel. J'étais indépendant, autant qu'on peut l'être dans le métier militaire. J'étais d'autant plus heureux que je pouvais réaliser un rêve, longtemps caressé : attirer auprès de moi ma bonne mère et vivre avec elle, comme jadis. Je remplaçais le colonel de Salignac- Fénelon, qui allait prendre le commandement des quatre escadrons en Orient, en remplacement du colonel de Ferrabouc, nommé général de brigade. On a déjà vu passer dans ces Souvenirs la silhouette de ce vétéran de l'armée d'Afrique, cavalier consommé et chef adoré. Le colonel de Fénelon était, lui aussi, un vieil Africain. Sorti de l'Ecole polytechnique, il avait passé de l'artillerie dans la cavalerie, comme capitaine aux spahis, en 1835, en traversant l'administration des bureaux arabes. C'était un homme très érudit, mais que ses fortes études mathématiques prédisposaient à l'examen des questions élevées qu'on traite dans le cabinet, plutôt qu'à la pratique des mille détails qui sont l'essence même du métier militaire, jusqu'au moment où l'on aborde les hauts grades. Nous nous étions côtoyés

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