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L'ORDONNANCE DE

Ierie, qui me souffla les commandements à faire. Je m'étais juré de ne jamais plus subir une pareille humiliation, et, pour tenir mon serment, à partir de ce jour-là, j'avais pioché le règlement de 1829 avec une telle rage, que deux officiers supérieurs du régiment, le major de Goussencourt et le commandant de La Martinière, me voyant si zélé, s'étaient faits mes instituteurs bénévoles. Je n'avais rien perdu de leurs leçons et, à Laghouat, dans le M'zab, dans l'Oued-R'rir, j'emportais toujours dans mes fontes le petit bouquin qui était notre bréviaire. Aussi, quand la saison le permit, quand, pour la première fois, j'eus devant moi mes quatre escadrons déployés sur le champ de manœuvres; quand je lus dans les yeux de mes officiers, même de mes sous-officiers, cette pensée : « En voilà un qui va se mettre dedans! » je répondis intérieurement : a Ah ! mes gaillards ! vous voulez du règlement de 1829! Attendez, je vais vous en donner!» Et les douze évolutions d'entrer en jeu, pendant que je rectifiais imperturbablement les moindres fautes de mes subordonnés et que je galopais après mes capitaines interloqués, en leur criant, avec une grande sévérité extérieure et une grande hilarité intérieure : « Mais, capitaine, vous ne connaissez donc rien à l'ordonnance de 1829! Relisez le règlement, capitaine! Relisez le règlement! » En rentrant au quartier, j'avais, je peux le dire, mon régiment dans la main.

Je passai donc à Alger l'hiver de 1855 à 1856, soignant mon régiment, et expédiant aux escadrons de guerre, avec conscience et régularité, tout ce que j'avais de mieux en hommes, en chevaux et en matériel, à la grande satisfaction de mon colonel, qui ne cessait de m'en remercier. C'était, d'ailleurs, mon devoir le plus strict, mais je devais éprouver plus tard, à mon grand déplaisir, que tous les chefs de dépôt ne le comprenaient pas de la même façon que moi.

i7o MES SOUVENIRS.

Le Gouverneur général , qui aimait à se rappeler son ancien métier de colonel de cavalerie, s'intéressait à mes travaux, m'appelait souvent auprès de lui et m'accordait de longs entretiens où je trouvais , avec des leçons fort utiles , les témoignages d'une bienveillance persistante. Entre ce chef qui m'aimait et ma mère que j'adorais, j'étais aussi heureux qu'on peut l'être ici-bas.

D'ailleurs, le cadre qui m'entourait semblait fait à souhait pour contenir mon bonheur. Alger, cet hiver, était un véritable paradis, avec cette grande mer bleue qui lui sert de vestibule, avec ses belles rues pleines de rumeurs joyeuses, avec ses environs ravissants et verdoyants , jardins délicieux parsemés de villas élégantes, et sur lesquels les rayons tempérés d'un soleil adouci semblaient verser la gaieté en même temps que la vie.

Non seulement la ville offrait toutes les ressources matérielles imaginables, l'utile aussi bien que l'agréable ; mais elle contenait aussi une société heureuse de se laisser vivre, pleine d'entrain, confiante dans l'avenir et ne demandant qu'à s'amuser, et à jouir de cette renaissance matérielle qui marqua les premières années de l'Empire.

Le futur maréchal Randon, qui lui servait de cime et de pivot, était très aimé. En dépit de son ton brusque et de son air volontairement bourru, c'était un homme très bon, un chef très paternel, très facile à vivre et près de qui le service était agréable. La maréchale était moins populaire; charitable au suprême degré , perpétuellement occupée de bonnes œuvres, pratiquant non seulement de très hautes vertus , mais les devoirs d'une grande dame qui doit donner l'exemple, recevant beaucoup, elle manquait de ce liant, de cette grâce, de ce charme qui donnent du prix aux moindres choses. Elle était raide, au moral comme au physique, dominatrice, donneuse de leçons; son salon

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