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UN DEUIL

C'était l'illustre Pélissier à qui son devancier, par une abnégation encore inconnue dans l'Histoire, avait cédé le commandement suprême, et qui avait obtenu le succès décisif, en lançant sur Malakoff l'héroïque Mac Mahon. C'était enfin, derrière eux, toute une phalange de héros sortis de nos rangs et dont la gloire burinait les noms. Ah ! comme nous étions orgueilleux de tous ces exploits et ravis de sentir que nos frères d'armes venaient de rendre à la France son rang dans le monde et sa place à la tête des nations ! Aujourd'hui, au souvenir de ces jours merveilleux, mon vieux cœur de soldat, par ses battements d'orgueil, me fait encore trembler la plume dans les doigts.

Le 16 mars de cette année, nos canons nous apprirent la naissance du Prince impérial, et le 30 ils saluaient encore la signature de la paix. Trois maréchaux de France furent créés le même jour : notre Gouverneur général le maréchal Randon, le maréchal Bosquet et le maréchal Canrobert, Pélissier ayant déjà reçu son bâton au lendemain de sa victoire. Le maréchal Bosquet annonça à sa mère la haute récompense qu'il venait d'obtenir par ce télégramme :

« Ma mère, priez Dieu pour V Empereur.

« Le maréchal BOSQUET. »

Et ce jour-là, la prière demandée sortit d'une âme républicaine.

L'Empereur voulut que le maréchal Canrobert, encore souffrant des blessures reçues à l'Aima et à Inkermann, rentrât à Paris, à la tête des troupes qu'il avait héroïquement commandées en Crimée, donnant l'exemple et s'exposant jour et nuit, comme un simple grenadier, dans les tranchées sanglantes de Sébastopol.

Je ne pris, hélas! aucune part aux grandes fêtes qui

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suivirent, à Alger, ces heureux événements. Ma mère venait de mourir entre mes bras. Dans notre commerce quotidien et exquis, je ne voyais, pour ainsi dire, pas décliner cette chère santé, moins sous le poids des années que sous celui de tant d'épreuves, supportées avec la plus admirable et la plus chrétienne des résignations. Une attaque d'apoplexie, trois jours de souffrances, vainement combattues par la science et adoucies par mes soins, par ceux de ses amies accourues à son chevet, et ce fut fini. Ma mère, l'ange à qui je dois le peu que je vaux, était morte, sans avoir vu deux événements qu'elle appelait de tous ses vœux et auxquels je ne songeais certes pas, bien qu'ils dussent bientôt s'accomplir : ma rentrée en France et mon mariage.

Au milieu de mon deuil, une nomination que je n'avais pas demandée vint me surprendre : celle de lieutenant-colonel des chasseurs à cheval de la Garde impériale.

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