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LA GARDE IMPÉRIALE

Faut-il une Garde? — Civils et militaires. — Élite, pas foule. — Comment on entrait dans la Garde. — D'Alger à Compiègne. — Le colonel de Cauvigny. — Rivalités. — Hommes et chevaux. — Notre uniforme. — Une grande revue à Longchamps. — Restons ce que nous sommes. — ■ Les Africains de la Garde. — Mes collègues. — Quelques types. — Paul de Molènes.

De toutes les institutions du premier Empire, celle qui devait tenter le plus Napoléon III, c'était naturellement la Garde Impériale, cette belle Garde légendaire dont l'apparition sur les champs de bataille suffisait pour fixer la victoire. Aussi l'Empereur l'avait-il ressuscitée, peu de temps après l'Empire. Il luiavait donné des proportions modestes ; elle était composée d'un régiment de grenadiers, d'un de voltigeurs, du régiment des Guides, d'un régiment de cuirassiers et enfin d'un régiment d'artillerie mixte, c'est-à-dire comprenant des batteries montées et des batteries à cheval. Il lui avait donné pour chef un général qui portait un grand nom impérial : le général Regnault de Saint-Jean d'Angély. Et c'est avec cet effectif et avec ce chef qu'elle avait pris part aux opérations de la guerre d'Orient. Chargé d'une des opérations du siège, le général échoua dans la fameuse attaque du 18 juin, et fit subir, ce jour-là, à sa troupe d'élite, chargée de protéger

la retraite, un baptême sanglant. Quelques jours avant la prise de Malakoff, sa santé l'obligeait à rentrer en France.

En 1 8 1 5, lieutenant aux chasseurs de la Garde, Regnault de Saint-Jean d'Angély était, le jour de la bataille de Waterloo, attaché à l'état-major particulier de l'Empereur. Je l'ai entendu raconter que, le matin, il était resté longtemps seul, s'ennuyant dans une chambre de ferme, pendant que, dans la pièce voisine, Napoléon conférait avec quelques-uns de ses généraux. Abandonnée sur une table, il y avait devant lui une énorme cassette dont il avait eu la curiosité de soulever le couvercle. Elle était pleine jusqu'aux bords de pièces de vingt francs! « Si j'avais su ce qui devait arriver, disait le général, j'en aurais rempli mes poches; c'eût été autant de soustrait à MM. les Anglais et à MM. les Prussiens qui, le soir, raflèrent la précieuse cassette, avec le reste. » Proscrit, avec son père, par la Restauration, il rentra au service en 1830, comme lieutenant-colonel du premier des six régiments de lanciers, qu'on venait de créer en transformant autant de régiments de chasseurs. La révolution de Février le trouva à la tête d'une brigade de cavalerie, à Paris. Le Prince Président le nomma général de division et lui confia même le ministère de la guerre pour quelques jours, le temps de signer la révocation du général Changarnier, commandant en chef de l'armée de Paris, qui venait de se mettre en lutte ouverte avec le futur empereur. La maladie contractée en Crimée ne lui permit pas de présider lui-même à la réorganisation, sur un plus vaste plan, du corps d'élite dont il allait, d'ailleurs, reprendre le commandement.

Napoléon III pensait qu'il fallait à l'armée française un corps de réserve important. Il voulait, en outre, récompenser les soldats qui venaient de se couvrir de gloire en Crimée. Il décida donc que la Garde Impé-

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