‹ Mes souvenirsChapitre 88 sur 262 · FAUT-IL UNE GARDE · texte numérisé non relu

FAUT-IL UNE GARDE

riale serait portée à deux divisions d'infanterie : voltigeurs, grenadiers, zouaves, chasseurs à pied; à une division de cavalerie composée de trois brigades : (grosse cavalerie) cuirassiers, (cavalerie de ligne) dragons et lanciers, et (cavalerie légère) chasseurs et Guides; et enfin, à une brigade d'artillerie, un régiment monté et un régiment à cheval ; un bataillon du génie, un escadron du train et des sections de troupes administratives complétaient ce véritable corps d'armée.

Je ne vais pas m'amuser, et peut-être ennuyer les lecteurs, à raconter les précédents historiques d'une pareille institution. Ils savent, d'ailleurs, tous, que sous l'ancien régime la « Maison du Roi », les gardes françaises et les gardes suisses représentaient un corps d'élite et de réserve. Ils savent aussi que la Révolution remplaça tous les corps privilégiés par la garde nationale égalitaire, mais qu'il fallut bien vite revenir aux privilèges en créant des compagnies soldées, puis des compagnies de grenadiers et de chasseurs dans chaque bataillon ; que la Convention se donna une garde qui devint celle du Directoire, puis celle des Consuls et enfin la vieille Garde Impériale, dont les bonnets à poil jetaient la terreur dans l'âme des ennemis, cette Garde précieuse que l'Empereur n'engageait presque jamais, qu'il se contentait démontrer, et qu'il préféra garder, comme une réserve suprême, plutôt que de transformer, à la Moskowa, la défaite des Russes en déroute, ainsi que le lui demandaient ses généraux qui le suppliaient de la faire donner.

En 18 13, Napoléon, qui voulait par tous les moyens augmenter ses armées, créa de nouveaux corps d'élite : la jeune garde, les gardes d'honneur. La première Restauration conserva la vieille Garde, sous le nom de grenadiers de France, y ajouta une Garde Royale, de huit régiments d'infanterie, huit régiments de cavalerie et de deux régiments d'artillerie, et rétablit en 11. xa

outre la Maison du Roi. A la seconde Restauration, la Garde Royale subsista seule avec une partie de l'ancienne Maison du Roi. Elle fut licenciée en 1830, quand le gouvernement de Louis-Philippe eut pour corps d'élite la garde nationale , à laquelle il donnait le pas sur l'armée, au grand contentement de M. Joseph Prudhomme. Cependant on avait conservé très judicieusement, dans chaque bataillon, une compagnie de grenadiers et une de voltigeurs qui étaient une élite et un cadre solide. Et en 1840, alors que le réveil de la question d'Orient surexcita nos besoins militaires, on essaya timidement la création de corps spéciaux, sous le nom de chasseurs de Vincennes devenus chasseurs d'Orléans, à la mort du Prince qui les avait formés. Ils conservèrent ce nom jusqu'en 1848, où ils prirent celui de chasseurs à pied. L'Empire, parce qu'il était l'Empire, allait rétablir un corps de réserve sous le nom de Garde Impériale, et la guerre d'Orient lui en fournissait la matière, en hommes et en officiers.

Ces alternatives de faveur et de disgrâce prouvent combien est controversée l'institution d'un corps d'élite destiné à jouer, sur les champs de bataille, un rôle décisif, soit en complétant la victoire, soit en arrêtant les efforts d'un ennemi victorieux et en rétablissant l'équilibre du combat. C'est que, pour résoudre ce problème, les uns partent d'un point de vue politique et les autres d'un point de vue militaire. Les premiers , hantés par les rêves d'une égalité chimérique, affirment que devant l'ennemi, comme devant les urnes, un homme en vaut un autre, et que par conséquent, à la guerre, toute troupe peut être appelée à jouer le rôle de réserve. Ils concèdent cependant qu'on pourra réserver de préférence ce rôle au corps qui, dès le commencement des hostilités, aura fait preuve delà solidité la plus grande. Et ils ajoutent qu'en temps de

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