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NOTRE UNIFORME

que la caricature. L'Empereur a voulu faire des Guides un régiment unique, une sorte de spécimen de la cavalerie française à montrer aux princes étrangers de passage à Paris. Pour cela, il a donné carte blanche à son ami, le général Fleury, et il s'est livré en faveur du régiment à un effort financier qu'il ne renouvellera certainement pas. Les Guides sont tous des hommes choisis. Leurs chevaux, dont le dernier pourrait être monté par un colonel, coûtent le double ou le triple des nôtres. Beaucoup de leurs officiers sont des jeunes gens de famille qui ont de la fortune. Ils forment une sorte de cercle, à la façon des officiers anglais. Ils ont un mess, auquel l'Empereur lui-même contribue pour une somme importante et qui, une fois par semaine, se transforme en un salon aristocratique. Les Guides ont une musique qui est un véritable orchestre, subventionné par l'Empereur, où les musiciens des Italiens et de l'Opéra figurent comme gagistes, dont le chef, M. Mohr, a rang d'officier. Or, nous n'aurons rien de tout cela, et, si nous voulons marcher sur les traces des Guides, nous serons aussi ridicules que le bourgeois du cinquième, qui veut donner un bal, parce que le banquier du premier en donne aussi. Restons ce que nous sommes. Nous avons la chance de ne ressembler à personne. Profitons-en. »

Le général Regnault de Saint-Jean d'Angély avait écouté avec attention l'argumentation dont je viens d'esquisser le squelette. Peut-être n'aurait-il pas pu exécuter les modifications que rêvait le colonel. En tout cas, il ne l'essaya même pas, et j'eus la satisfaction de voir le régiment conserver son aspect. A la vérité, il fut bientôt amélioré par la confection des uniformes.

Le nôtre était réellement splendide, aussi élégant et plus léger que celui des Guides, et on me permettra de le décrire, comme un souvenir des splendeurs dis- 11. ,3

parues. Les hommes portaient le dolman vert clair, à parements garance, bordé partout d'un galon de fil blanc posé à plat et qui recouvrait en les dessinant les coutures du dos : le dolman était orné, sur la poitrine, de cinq rangées de dix-huit gros boutons blancs à aigle, correspondant à dix-huit grosses tresses carrées de laine blanche qui barraient la poitrine. Le pantalon était en drap garance, avec passe-poils verts et bandes blanches. Comme coiffure, le talpack en peau de veau marin noir, cylindrique et non conique, comme pour les chasseurs de la ligne, avec flamme écarlate et aigrette de crin blanc. Les buffleteries, c'est-à-dire le ceinturon et la banderole de giberne, étaient blanches, et la giberne, bordée d'une baguette de cuivre, était ornée de l'aigle couronné, sur un faisceau de rayons.

Les officiers portaient en argent, en grande tenue, tout ce qui pour la troupe était en laine et en fil blanc : les bandes du pantalon, les tresses, les galons du dolman ; de leur talpack descendait un cordon d'argent, maintenu, autour du cou, par des passants coulants, fixé à l'épaule droite et traversant, pour s'attacher à l'épaule gauche, la poitrine, sous forme de tresses larges comme la main, et garnies de deux pendentifs à glands. Les bufrleteries, ceinturon et banderole de giberne , étaient tressées en argent et soie verte. Comme tenue de route ou de manœuvre, le dolman portait des ornements de soie noire, à la place des ornements d'argent. Comme tenue de quartier, le talpack était remplacé par un petit shako verni noir en forme de képi, et enfin, comme tenue du matin, les officiers portaient le bonnet de police à gland d'argent et la petite capote verte, descendant jusqu'aux genoux et formant plastron sur la poitrine. Le cheval avait la schabraque en drap vert clair bordée d'un large galon blanc, de fil pour la troupe, et d'argent pour les officiers, ornée à ses deux coins d'un N couronné.

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