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LES AFRICAINS DE LA GARDE

dans la hiérarchie ? Et, sans parler des questions de famille, savez-vous si un colonel, après une carrière laborieuse, usé par les fatigues de la guerre, n'a pas besoin de plus de soins qu'un sous-lieutenant tout frais émoulu de l'école ? On disait, pour justifier le système du mess, qui ne tarda pas à être adopté par tous les régiments de la Garde, à l'instar des Guides, qu'on voulait transformer les officiers en messieurs, lisez en gentlemen. On aurait bien mieux fait de se contenter d'en faire de bons officiers, pourvus d'une bonne éducation professionnelle. Quant à l'éducation générale, c'est l'affaire de chacun ; ce n'est pas l'affaire de l'État.

Pour en revenir aux chasseurs, ils restèrent les vieux troupiers qu'ils étaient, et ils ne faisaient pas trop mauvaise figure à côté des muscadins des lanciers, des dragons de l'Impératrice ou des Guides.

Toute cette admirable cavalerie de la Garde, qui venait de défiler devant l'Empereur et le grand-duc Constantin, était pleine de mes anciens compagnons d'armes. Son chef, le général Morris, a déjà figuré plusieurs fois dans ces « Souvenirs », depuis le jour de la prise de la Smala, où il commandait les chasseurs d'Afrique. A partir du grade de capitaine, il n'avait cessé d'attirer les yeux sur lui, et il passait pour un général de cavalerie hors ligne. Mais il avait un rival, le général d'AUonville, mon ancien colenel aux spahis. Et ces deux chefs se ressemblaient trop pour ne pas se détester. Ils étaient aussi caustiques l'un que l'autre, et quand ils plantaient les dents, au figuré, dans la peau d'un supérieur ou d'un camarade, le morceau leur restait entre les mâchoires. Le général d'AUonville avait commandé en Crimée une brigade, dans la division Morris. Il ne s'était pas gêné pour critiquer son chef qui le savait, et avait décroché la troisième étoile quelque temps avant le brillant combat de Ganghill, dont

le succès était dû à son audace et à ses manœuvres habiles.

Le chef de l'état-major de la division, le colonel comte Pajol, était un artiste. Devenu général, il cisela la statue de Napoléon érigée à Montereau, et qui rappelle pour le comte Pajol une gloire patriotique et une gloire familiale. En 1814, son père, à la tête de quelques escadrons composés de conscrits qui savaient à peine monter à cheval, chassa, sous les yeux mêmes de l'Empereur, et par une des plus belles charges que rapportent nos annales militaires, les Alliés, qui occupaient en force la ville.

Notre grosse cavalerie, deux régiments de cuirassiers dont un fut, en 1865, remplacé par les carabiniers, était commandée par le baron Marion, excellent homme adoré du soldat, qui alla, comme général de division, commander en Corse, Il est mort sans fortune. Sa charmante fille aînée remplaça, comme lectrice auprès de l'Impératrice, Mlle Bouvet, lors de son mariage avec M. Carette, et épousa, vers la fin de l'Empire, le plus aimable des officiers attachés au Prince impérial : le comte Clary.

La cavalerie de ligne, dragons et lanciers, obéissait aux ordres du général Dupuch de Feletz. Sa santé, qui l'avait obligé à quitter l'armée d'Afrique, à la veille de la bataille d'Isly, était restée assez délicate pour qu'il vécût à part. Enfin, la cavalerie légère, où figuraient, avec les chasseurs, les Guides, qui, par leur taille et celle de leurs chevaux, auraient dû être rattachés à la cavalerie de ligne, était commandée par un vieil Africain, le général Cassaignolles. Je l'avais connu dès mes premiers pas dans la vie militaire, car il était adjudant-major aux spahis d'Oran, lorsque je m'y engageai. Sous une enveloppe un peu grêle, il cachait un coeur vaillant et une âme de feu, et, quoique sorti du rang, il était un de nos plus jeunes généraux de cavalerie.

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