‹ Mes souvenirsChapitre 4 sur 10 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

Do 1857 ù 1871

Mon premier soin en revenant à Paris fut de visiter mes amis. J’eus la satisfaction de constater qu’ils ne m’avaient pas oublié. Je les trouvai tous disposés à m’être utiles. Après quelques jours de négociations conduites par M. Ernest Leroy, préfet de Rouen, et M. de la Guéronnière, que j’avais beaucoup vu chez M. de Girardin, il fut décidé que j’entrerais au journal le Pays, qui, ainsi que le Constitutionnel, appartenait à M. Mirés. Ce dernier, financier et spéculateur très habile, avait su profiter des hausses de la Bourse et faire une fortune considérable. Il avait consenti à ce que ses deux journaux devinssent des organes officieux soumis à un directeur que le gouverne-

ment nommerait, à la condition qu’on lui laisserait carte blanche sur les bulletins de Bourse. C’était lui qui payait la rédaction. Les directeurs du Pays et du Constitutionnel furent, alternativement, MM. delà Guéronnière, Granier de Cassagnac, Amédée René, Cucheval-Clarigny et Paulin Limayrac. Lorsque j’entrai au Pays c’était le doux Amédée René, auteur d’un bon livre sur les nièces de Mazarin, qui le dirigeait.

L’Empire était alors à l’apogée de sa splendeur. On venait de signer ce fameux traité de Paris que les succès remportés en Crimée par la France et l’Angleterre contre la Russie avaient rendu possible. L’impératrice avait mis au monde un fils qui devait être un jour Napoléon IV. A ce propos je vais raconter une anecdote dont je garantis l’exactitude.

Lorsque la grossesse de l’impératrice Eugénie fut annoncée officiellement, on reçut au palais des Tuileries, de tous les coins de la France, des pièces de vers dans lesquelles des Pindares départementaux chantaient cet heureux événement. Mérimée futchargé de revoir ces pièces de vers et de choisir celles qui pouvaient mériter une récompense. Elles étaient toutes détestables. Il s’en trouva une qui fut cependant mise de côté et qui égaya beaucoup ceux qui purent la lire.

L’auteur, s’adressant à l’impératrice, débutait ainsi:

Madame

Dans vos bras amoureux quand vous pressez un homme,

Qui vous fait concevoir... peut-être un roi de Rome.

Votre cœur vous dit-il... etc., etc.

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