FOUCHÉ
Tu ne peux pas t'ea aller comme celai... il faut que je te présente au premier Consul, qu'il sache ce qu'il te doit...
Perrin, souriant malgré lui.
Me présenter, moi? Comment! je verrais le grand homme?... Eh bien, j'y consens... ça me fera plaisir, pour que je puisse dire là-bas : Je l'ai vu!... Mais qu'il ne s'avise pas de vouloir me faire évêque... ça ne me convient pas du tout...
Tout ce passage, on le comprend, doit être rendu
avec vigueur et sensibilité, mais sans rien de théâtral.
Il n'est pas (jusqu'au « couplet au public » que l'ar-
176 MES SOUVENffiS.
liste ne puisse méditer avec fruit, car il est bien du bonhomme :
Air : A soixante ans.
Je vais revoir ma modeste retraite ; Mais je voudrais, en partant de Paris, Être bien sûr, cela seul m'inquiète,
De n'y laisser que des amis; Oui, mes enfants, soj'ez tous mes amis! Si, par malheur, en ces lieux ma présence A pu déplaire... imposez-vous la loi De l'oublier... pour les autres, je croi, J'ai tant prêché la bonté, l'indulgence, Qu'il en faut bien avoir un peu pour moi.
Pour conclure, dans le rôle de Michel Perrin, comme dans tous les rôles de sentiment, l'acteur doit avoir la vérité pour objectif et la nature pour guide.
Ainsi qu'il l'avait fait pour le Bouffon du Prince, Mélesville m'envoya la brochure de Michel Perrin, avec son appréciation sur le résultat obtenu par mes efforts:
Paris, 26 février 1834.
Je n'aurais jamais eu l'idée de faire Michel Perrin, mon cher Bouffé, si je n'avais eu sous les yeux votre sensibilité, votre bonhomie inimitable, à la fois si douce et si pénétrante... enfin cet ensemble de qualités si rares qui constituent le vrai, le grand comédien. Ce rôle est donc, par la manière dont vous l'avez joué, votre conquête et votre propriété.
Mélesville.
Ce bon Mélesville, son amitié 'pour moi l'entraînait trop loin ; mais, je le répète, bien que ces compliments me fussent très agréables, je ne m'en croyais pas plus fort pour cela.
Michel Perrin fut joué plus de deux cents fois, tant au Gymnase qu'aux Variétés.
La pièce qui succéda à ce chef-d'œuvre, fut le Capitaine de Vaisseau, vaudeville nautique en trois actes, à grand spectacle, tiré par MM. Mélesville, Decomberousse et Antier du roman d'Eugène Sue intitulé la Salamandre (24 juillet 1834).
La mise en scène de cet ouvrage révolutionna le Gymnase qui, jusqu'alors, n'était pas sorti de ses salons et de ses jardins. Il s'agissait de faire manœuvrer vingtcinq personnes sur un vaisseau, où se passaient les deux derniers actes de la pièce ; joignez à cela un abordage et un combat naval. Le tout fut figuré d'une façoTi assez médiocre ; mais la pièce, amusante, plut au public et fit de belles recettes, résultat plus important que tout le reste pour un directeur de théâtre !...^