‹ Mes souvenirsChapitre 34 sur 69 · ELISA, JOSEPH · texte numérisé non relu

ELISA, JOSEPH

Elisa.

Et maintenant, tu vas me dire pourquoi tu es rentré, tout à l'iieuie, trempé des pieds à la tète?

Joseph.

Je n'ai rien voulu dire devant la grand'mère ; pauvre femme, ça aurait pu l'inquiéter pour l'avenir ; je veux bien te raconter la chose à toi, mais promets-moi bien que tu n'en parleras à personne?

Elisa.

Je te le promets, parle donc...

Joseph.

Figure-toi, je portais ces épreuves (il les montre) chez M. Paul de Kock. En passant le long du canal Saint-Martin, je rencontre Gaubin, Dalifol, Bricard, qui faisaient une partie de bouchon; je m'arrête un instant à les regarder, mais voilà que tout d'un coup on entend des cris : «Au secours! au secours I un enfant qui se noie!... qu'est-ce qui sait nager? » — Alors, je n'en fais ni une ni deux, vlan ! je me jette à l'eau et je repêche le gamin, au moment où il allait passer sous un bateau de tuiles. (Pendant une partie de cette tirade, il a cordé sa toupie, la tance sur le parquet et la ramasse, en tournant, dans sa main, en disant très simplement: « M"" Saqui, sans balancier. »)

C'est encore heureux, hein ! un moment plus tard, il n'y avait plus personne... Vois-tu cette pauvre mère, qui redemande son enfant. — « Votre enfant? vous ne le reverrez jamais! » — En voilà une situation ! Et l'imbécile de bonne qui s'était trouvée mal pendant ce temps-là!... « Le voilà, votre enfant!... ayez-en plus soin une autre fois! » — Confiez donc vos enfants à ces gaillardes-là?... plus souvent, si jamais j'en ai, moi, des chérubins, je les promènerai moi-même!... Ils étaient tous à m'entourer, à me serrer les mains... je ne savais quelle figure faire... j'étais tout honteux, ma parole; je me suis sauvé et je suis arrivé ici lout courant et tout trempé, comme tu m'as vu... Voilà l'histoire du canal ; n'est-ce pas qu'elle est drôle tout de même?... {Il jette de nouveau sa toupie qu'il a cordée pendant la fin du dialog^ie ; la ramassant dans sa main, il dit à sa saur : ) Tiens, regarde donc, la dormeuse ?

Elisa.

. Tu es bien gentil, va; je t'aimais bien, mais je t'aime encore davantage!... Ce que tu as fait là, vois-tu...

Joseph.

N'en parle pas surtout, j'aurais l'air d'un faiseur d'embarras!... car tout le monde l'aurait fait à ma place, n'est-ce pas?

Voilà pour le courage et la modestie du personnage. Il y a beaucoup d'autres choses à relever encore ; d'abord ce que dit le général, après la scène du second acte entre lui et Joseph :

« Je serais fâché de ne pas le revoir, il a du cœur, cet « enfant-la, et de la dignité dans l'ame. »

Ces paroles indiquent clairement la mesure à garder pendant tout le rôle.

Il ne faut pas oublier, enfin, que la sœur de Joseph épouse, au dénouement, le fils d'un général, pair de France. Comment un voyou pourrait-il avoir accès dans ce monde?

Le rôle du Gamin, on le voit, doit être joué en observant bien des nuances délicates. .

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