‹ Mes souvenirsChapitre 4 sur 69 · Mi:s souvi:Nms · texte numérisé non relu

Mi:s souvi:Nms

Mais dans quel état, grand Dieu 1 II avait été pris par des Cosaques en allant en tirailleur sur la route de Vincennes, et dépouillé de tout ce qu'il possédait. Le pauvre homme ne portait pas de blessure apparente, mais il en avait une au cœur qui fut bien longue à guérii'.... Il éprouva un si profond chagrin en voyant lé triomphe de nos ennemis et la chute de son empereur adoré, qu'il en tomba malade et que, pendant près de trois ans, il fut incapable de s'occuper de ses affaires : sa vie même fut plusieurs fois en danger. Nous ne perdîmes pourtant pas courage; ma mère, femme d'énergie, se mit à la tête de la maison, et,*de mon côté, je fis tous mes efforts pour la seconder dans sa tâche difficile; et souvenez-vous que je n'avais pas quinze ans !

On pense bien que, pendant les trois cruelles années de la maladie de mon père, je ne songeai pas un seul instant à jouer la comédie ; y Ruraii cru manquer à mon devoir en prenant le moindre plaisir. Me voilà donc

père de famille, à quinze ans! On ne m'appelait

plus que le petit vieux, car les graves fonctions que je remplissais de mon mieux m'avaient rendu triste, réfléchi et raisonnable comme un vieillard raisonnable.

Nous commencions à désespérer de la guérison du pauvre malade, lorsque le hasard, ou plutôt la Providence, nous fit connaitre la sœur Elisabeth. Cette bonne religieuse rendit la santé à mon père en quelques mois, ce que n'avaient pu faire les premiers médecins de Paris depuis plus de deux ans ! Aussi que de reconnaissance nous eûmes à cette bienfaitrice, que de bénédictions nous appelâmes sur elle ! Elle devint l'amie de la famille ; mon père ne la nommait jamais

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autrement que « ma mère » et elle, lui disait « mon lils ». Nous n'avons pas cessé de la voir jusqu'au jour oîi Dieu l'a rappelée près de lui. S'il y a un paradis au ciel, elle doit y occuper une place d'honneur!

Bien que le danger fût passé, le pauvre malade se trouvait encore sous le coup d'une mélancolie insurmontable. La bonne religieuse, voyant cela, nous dit : — «Il faut le distraire, le mener voir danser les polichinelles... » — L'ordonnance fut suivie à la lettre; trois fois par semaine, j'accompagnai le convalescent au théâtre des Funambules, et cela pendant plus de six mois; nous connaissions par cœur la musique de toutes les pantomimes.

Enfin, avec le rétablissement de mon père, la joie, le bonheur étaient rontrés dans la maison, et pour fêter cette joie, ce bonheur, on me permit de construire un théâtre portatif dans nos ateliers, vaste local,- ancien dortoir du couvent des filles Sainte-Marie. Ce théâtre se montait et se démontait en quelques heures. On y jouait quatre fois par an, à la fête de mon pèi-e, à celle de ma mère, le jour de l'an et le mardi-gras; mais cela ne suffisait pas à mon ambition, j'aurais voulu jouer au moins une fois par nini~.

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