RÉFORMES DE M. DE SAINT-GERMAIN
légers, qui vinrent en corps, il leur dit : « Messieurs, vous êtes une bonne troupe, mais bien magnifique ; c'est le Roi qui paye tout cela, et cela ne fait rien à la bonté du service. » Un colonel lui ayant demandé un congé d'un an, il le pria d'en mettre les motifs très en détail et par écrit, et de signer son mémoire. Quelque temps après, il eut un travail avec le Roi, qui dura sept quarts d'heure; on en fut fort inquiéta Versailles, où Ton crut qu'il n'avait travaillé que sur la Maison du Roi. On supposait cependant qu'il se contenterait de quelques changements; mais Augeard, le fermier général, qui le tenait de M. de Belle-Isle, auquel M. le duc d'Orléans l'avait raconté, me dit que, dans ce travail, on avait : 1° supprimé les mousquetaires; 2° supprimé les grenadiers royaux; 3° supprimé les régiments provinciaux ; 4° réduit à cinquante hommes chaque compagnie de chevau-légers et des gens d'armes de la garde; 5° réformé une partie des gardes du corps , et qu'enfin il avait été décidé qu'on quitterait le corps dès qu'on serait devenu officier général.
Ces cinq ordonnances furent envoyées aux ministres et aux princes. A Paris même, on voulait que M. de Saint- Germain supprimât également les Invalides et l'Hôtel militaire : je sus par M. d'Arlincourt que ce n'était pas encore fait. Pourtant, dans la suite (17 juin 1776), il y eut de grandes modifications dans le premier de ces établissements : on réduisit à quinze cents invalides le nombre de ces pauvres gens, et on renvoya dans leurs provinces, avec quatre-vingts livres de pension , tous ceux qui n'avaient pas soixante-dix ans ou qui n'étaient pas absolument impotents. Un jour, en me rendant rue de Bourbon , je passai devant la façade de l'École militaire (1), qui me parut
(1) M. de Saint-Germain supprima cet établissement en 1776, et en forma un corps de cadets gentilshommes, payant pension, auxquels
très belle, et ensuite devant les Invalides, et je ne pus m'empêcher de faire la réflexion suivante : Ces deux monuments sont comme leurs siècles ; dans l'un, élévation, génie, solidité : là, on travaille pour la postérité; dans l'autre,, grâce, goût, commodité, mais le tout terre à terre : on travaille pour soi.
On racontait alors que l'ambition de M. le duc de Chartres était d'être grand amiral, et le fait est que, deux ou trois jours avant les couches de sa femme (1), il était parti pour visiter les ports de la marine. On disait aussi qu'il aimait les courses de chevaux : il y en avait eu une dans la plaine de Grenelle, entre un cheval anglais à M. de Lauzun (2) et un autre à M. de Lauraguais. La victoire était demeurée au premier, dont le maître était en Pologne; M. le duc de Chartres en avait monté un et avait gagné l'autre de vitesse : la course s'était réitérée plusieurs fois. La Reine et toutes ses dames furent spectatrices du combat; elles étaient montées sur un échafaud découvert et par une fort vilaine échelle. Il pleuvait; le vent dérangeait leurs plumes et s'engouffrait dans leurs jupes, ce qui les obligea souvent à s'asseoir. La maréchale de Mouchy était restée dans les carrosses.
Quelque temps après, M. le duc de Chartres voulut
on adjoignait gratis les meilleurs élèves des nouveaux collèges militaires fondés dans les provinces en place de l'ancienne École, qui fut rétablie en 4778.
(1) Mme la duchesse de Chartres est accouchée d'un fils nommé le duc de Montpensier. (Journal de Moreau, 3 juillet 4775.)
(2) Armand-Louis de Gontaut, duc de Lauzun, puis duc de Biron, fils de Charles-Antoine-Armand de Gontaut , marquis de Gontaut, et d'Antoinette-Eustochie Crozat du Chàtel, né le 45 avril 4747, se distingua dans la guerre de l'indépendance des États-Unis en 4780, fut élu député de la noblesse du Querey aux États généraux en 4789, entra dans le parti du duc d'Orléans, devint général en chef de l'armée du Nord en 4792, s'empara de Quiévrain, fut envoyé à l'armée du Rhin, puis, en 4793, commanda celle des côtes de la Ro-