LES QUINCEROT ET LES LE BLOND
Mme Quincerot, née Moreau de la Vigerie, dont les père et mère avaient été amis de mon frère le médecin. Elle et son mari étaient intimement liés avec Le Blond (1), maître de mathématiques des pages, que j'avais vu, comme son père, entendant très dévotement la grand'messe de Saint-Roch; cette connaissance, pour moi, remontait au chancelier d'Aguesseau et à Mme de Chastellux, sa fille, car l'oncle Le Blond (2), l'aîné, maître de mathématiques des pages, qui avait laissé et transmis sa place à son neveu, ami de M. Quincerot, était frère d'un cadet que j'ai connu précepteur de MM. de la Billarderie, et tous deux étaient fils d'un savetier de la butte Saint-Roch et d'une grosse nourrice des enfants de Mme de Chastellux, qui la garda comme bonne de ses nourrissons et fît la fortune de cette pauvre famille. Le jeune Le Blond, par parenthèse, était un excellent sujet; avant de le rencontrer chez Mme Quincerot, je l'avais retrouvé chez Mme de Donissan, maître de mathématiques de Madame Victoire,
vence en 1771, maréchal de camp en 1780, membre de l'Académie française en 1784, député de la noblesse de Paris aux États généraux en 1789, s'empressa, après la fuite du comte de Provence, d'aller à l'Assemblée protester de son dévouement; fut, sur l'ordre de ce prince, obligé de lui envoyer sa démission de premier écuyer; devint général en chef de l'armée du Midi en 1792, dénonça les préparatifs de guerre de l'Autriche et de la Savoie, conquit ce dernier pays. Accusé de dilapidation, il fut décrété d'accusation le 11 novembre 1792, se retira en Suisse, rentra' en France en 1795 et mourut le 30 décembre 1798.
(1) Auguste-Savinien Le Blond, petit-neveu, et non neveu de Guillaume Le Blond, fut employé au cabinet des estampes à la Bibliothèque, cultiva les mathématiques et l'histoire naturelle avec succès, devint maître de mathématiques des pages du Roi et des pages de la comtesse de Provence, et mourut à Paris le 22 février 1811.
(2) Guillaume Le Blond, mathématicien, né à Paris en 1704, obtint en 1736 la place de professeur des pages de la grande écurie et, en 1751, celle de maître de mathématiques des Enfants de France, composa un grand nombre d'ouvrages à l'usage des ingénieurs militaires et mourut en 1781.
et s'occupant de l'éducation de Victoire de Donissan (1).
Une des femmes en qui j'ai toujours reconnu la meilleure tête et le meilleur cœur est Mme la vicomtesse de Sainte-Hermine. Sa mère portait le nom et les armes d'une des plus grandes maisons de France, celle de Ponthieu, dont j'ai eu occasion de parler dans mon Histoire de saint Louis. Son père, le comte de Cress, excellent gentilhomme, était d'un nom moins illustre ; il avait été riche en terres, mais avait mal dirigé ses affaires, et ne s'était pas trouvé en état de donner à ses deux fils et à sa fille une grande fortune. Celle-ci avait épousé le frère cadet du marquis de Sainte-Hermine, premier écuyer de M. le comte d'Artois, et la protection de ce prince bienfaisant avait procuré au vicomte une place distinguée dans la maison de M. le prince de Condé. Malheureusement, la jeune vicomtesse, épouse d'un homme de qualité qui n'avait rien, se vit bientôt obligée de lui sacrifier tout ce qu'elle pouvait attendre de sa part héréditaire dans le patrimoine de son père. Tout fut fondu dans ce ménage : il ne resta à Mme de Sainte-Hermine, pour elle et pour ses trois enfants, que des logements, des pensions sur l'État, l'assurance d'une place très agréable auprès de la duchesse d'Enghien, à son mariage, et, en attendant, de bons et forts appointements.
(1) Marie-Louise-Victoire de Donissan, fille de Guy-Joseph, marquis de Donissan, et de Marie-Françoise deDurfort, née à Versailles le 25 octobre 1772, mariée, en premières noces, le 27 octobre 1791, à Louis-Marie de Salgues, marquis de Lescure, né à Paris le 15 octobre 1766, blessé gravement à la Tremblay e et mort près de Fougères le 4 novembre 1793. Sa veuve épousa, en secondes noces, le 1er mars 1802, Louis du Vergier, marquis delà Rochejaquelein, né à Saint-Aubin de Beaubigné (Deux-Sèvres) en 1777, tué aux Mathes, en Vendée, le 4 juin 1815. Elle mourut elle-même à Orléans le 15 février 1857.