RESTAURATION DES ANCIENS PARLEMENTS
vais, m'était arrivé avec une lettre de dom Grenier. Il m'apportait un excellent monument historique : c'était la réponse faite par Henri IV (1) aux députés de la ville de Beauvais, le 23 août 1593, lorsqu'ils vinrent lui remettre, à Amiens, les soumissions de cette ville et leurs cahiers, sur lesquels le Roi mit ses apostilles qui servirent à l'édit de réduction. Ce discours, découvert dans les archives de l'hôtel de ville de Beauvais, ainsi que les cahiers apostilles, est un chef-d'œuvre de bonté : c'est un père qui cause avec ses enfants et leur rend compte de sa conduite. J'en fus attendri et je résolus de le montrer à Monsieur; j'espérais même obtenir la permission de le présenter au Roi et de le faire imprimer. Je le lus au duc et à la marquise de Laval, à la duchesse de Luynes : ils trouvèrent tous ce morceau charmant, et le duc de Laval encouragea fort mon projet de l'envoyer à Monsieur. Je le lui adressai en effet. Je le confiai aussi à M. Bertin, qui me promit de le communiquer au Roi et en parut très content.
L'opération de la restauration des Parlements essuya bien des critiques : les trois quarts de la Cour en furent mécontents. Pour le bien de la paix, les deux doyens qui avaient été nommés présidents se désistèrent de ce droit. Les présidents au Parlement, MM. Basset et de Marolles, ne consentirent pas à en faire autant. Le président de Nicolaï adressa à M. le garde des sceaux une lettre fière et honnête, pour lui reprocher la façon dont il s'était conduit à son égard, et l'assurer qu'il ne voulait pas de la présidence du Conseil. Il faut convenir que M. de Miromesnil mit dans cette affaire avec le Parlement de
(1) Ce discours fournit à Moreau le sujet de sa brochure intitulée : Henri IV peint par lui-même, n° LVII du catalogue de ses ouvrages.
Paris plus que de la dissimulation : jl y mit de la fausseté. Tout était fait, tout était arrangé; le président de Nicolaï, en lui rendant compte de la manière dont s'est passée la chambre des vacations, lui écrit : « Pour prix de mon zèle et de ma fidélité, je ne demande au Roi d'autre grâce que d'être dispensé d'aller lui en rendre compte; j'ai déjà dévoré trop d'avanies ! » Le garde des sceaux lui expédie deux lettres pour lui ordonner de venir et pour lui mander qu'il sera bien reçu. Le président va a Fontainebleau; il est l'objet de la risée des antichambres. Le Roi l'écoute, tourne le dos et dit : « C'est bon! » M. de Nicolaï se retire et dit : « C'est court! » Cette espèce de fausseté du garde des sceaux paraît encore dans la manière dont il répond aux lettres du Parlement de Bretagne : il le blâme d'ajouter foi à des bruits populaires, et, quand il écrit ainsi, tout est déjà décidé.
La messe rouge fut célébrée le 21. Le lendemain, le Parlement arrêta des remerciements par députation et fit des réserves; puis les gens du Roi allèrent à Versailles afin de prendre le jour de Sa Majesté : on commençait à être inquiet de leurs inquiétudes. Le Grand Conseil fit des Remontrances et résolut de les porter au Roi; l'embarras de la position était que, formant alors Compagnie, ils ne pouvaient plus quitter le service, au lieu qu'il aurait mieux valu ne pas le prendre. Lorsqu'ils sollicitèrent une réponse, cette réponse fut ferme et même dure. Le Roi leur dit qu'il était surpris que leur première délibération fût un acte de désobéissance; qu'il tenait, avant tout, à être obéi, et qu'il examinerait ensuite leurs Remontrances.
Le 21 novembre, la grande députation du Parlement de Paris et la Cour des aides allèrent remercier le Roi. Celui-ci reçut assez froidement le Parlement, qui fut pourtant présenté à la Reine. L'une et l'autre Cour deman-