‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 67 sur 302 · MÉMOIRE DE CROMOT · texte numérisé non relu

MÉMOIRE DE CROMOT

témoignage. Le lendemain, un arrêt du Parlement supprime le mémoire de Linguet sur sa radiation du 26, et le déclare irrévocablement rayé du tableau. Cet arrêt fut sur-le-champ imprimé; il contenait le discours du bâtonnier des avocats (1).

Le mémoire que Gerbier publia pour se défendre contre M. de Guineslit fortune et le justifia pleinement. Il venait d'être décrété de soit ouï à la requête du procureur du Roi, qui était allé en demander la permission à Monsieur. Tout ceci était une suite de l'intrigue et de la cabale parlementaire. Cromot me paraissait très rassuré sur l'affaire de Gerbier; cependant, le 15 février, il me montra un mémoire qu'il avait fait passer à Monsieur, et dans lequel il avait l'air de lui conseiller d'abandonner Gerbier. en mettant néanmoins dans tout leur jour les raisons qui devaient l'empêcher de se prêter à cette faiblesse : c'était un tour de courtisan du surintendant. Il me fit voir également une réponse ferme et honnête, par lui adressée à M. de Montesquiou, sur les reproches qu'il avait reçus de celui-ci à l'occasion du jugement du Conseil sur Gerbier. Il avait envoyé copie de cette réponse à Monsieur, qui la lui avait retournée avec une attestation au bas, portant que tous les faits qu'elle contenait étaient véritables. Le même jour, je lus chez Cromot quarante pages d'un mémoire de Le Tort, ancien secrétaire de M. de Guines : il était terrible, très insolent pour le style, mais plein de force pour les faits, et semblait capable de faire reculer de cent lieues le parti qui croyait devoir soutenir M. de Guines. Le 25 février, il parut un mémoire du comte de

(1) Jeudi 9 février 1775. — J'ai lu avec M. d'Albertas fils un ouvrage plaisant de l'abbé Morellet, intitulé : Théorie du paradoxe. C'est dommage qu'il ne soit fait que contre Linguet, et c'est pitié qu'il paraisse en ce moment. (Journal de Moreau.)

Guines, très modéré à l'occasion de Gerbier. Il était intitulé : Éclaircissements, et rendait justice à la probité de notre ami, dont il blâmait seulement la légèreté et le trop de crédulité. Gerbier était alors l'objet de nouvelles tracasseries : on l'accusait d'avoir rançonné Mme de Giac. Le fait est qu'il avait reçu d'elle 18,000 livres pour son affaire. J'engageai Mme de Giac à écrire une lettre rendant justice à Gerbier; je ne l'y trouvai nullement disposée. Elle l'aimait, disait-elle, mais le regardait comme léger dans sa conduite, et comme trop intéressé dans ses procédés. Il avait cherclié à lui emprunter de l'argent afin de payer l'abbé d'Espagnac, à qui il devait une somme de 30,000 francs, pour laquelle il avait donné à ce dernier la même délégation qu'à un autre créancier. Elle n'avait point voulu consentir à lui en prêter, et s'était contentée de lui remettre, en pur honoraire, une délégation de 18,000 livres. A la vérité, la mauvaise administration de Gerbier pouvait bien l'avoir porté quelquefois à se permettre des choses qui n'avaient pas assez de délicatesse. Il était droit et honnête, mais faible : il se livrait à qui l'empaumait, et cet homme, après s'être fié à un charlatan qui l'avait empoisonné, s'était également fié à Quérinet, intendant du prince de Conti, qui lavait ruiné.

Le 4 mars, un nouvel arrêt fut rendu au palais, cette fois en faveur de Linguet. Il avait plaidé la veille. M. Séguier parla le 4, et il eut la réplique sur lui. On le reçut opposant à l'arrêt qui homologuait le jugement de radiation prononcé par les avocats. Il fut ordonné qu'ils se rassembleraient pour le juger, et qu'on exclurait de leur assemblée les avocats siégeant au bailliage du palais, et les trente commissaires des bancs qui l'avaient tout d'abord rayé. Linguet, en plaidant, eut l'insolence de

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