LE TEINTURIER DU ROI
M. de Saint-GermaiD découvrit la petite correspondance; en effet, le marquis, pendant ce temps-là, se fourrait partoutf voyait les ministres, leur glissait ses avis, ne disait point son secret et, enhardi par l'honneur de cette confiance royale, avait pris en très grande estime ses propres talents. M. de Sartine avait deviné, mais il gardait pour lui ce petit moyen de se soutenir ou même de s'avancer. M. de Saint-Germain ignorait tout; cependant, il trouvait si souvent les observations du Roi conformes à ce qu'il entendait dire à M. de Pezay dans les conversations particulières qu'il avait avec lui, qu'à la fin il se persuada que celui-ci pouvait bien être le teinturier du prince , et conçut quelque idée du personnage. Louis XVI n'avait pas eu de peine à s'imaginer que M. de Pezay avait de grandes aptitudes pour la guerre : il se rappelait qu'autrefois M. de la Vauguyon l'avait choisi pour faire quelques extraits de mémoires militaires. Dans un travail avec le Roi, M. de Saint-Germain s'avisa de lui dire : « Votre Majesté est justement sur cela de l'avis ffun jeune militaire qui a bien du talent, M. de Pezay, » Le Roi rougit, et, sana avouer sa correspondance, laissa échapper quelques mots qui le trahirent et mirent M. de Saint- Germain à portée de bien s'affermir dans ses conjectures. Il ne douta même plus de la part qu'avait Pezay dans toutes les idées de Louis XVI, et il confia à M. de Maurepas ses conversations.
Ce vieux et rusé ministre voyait depuis longtemps M. de Pezay, dont il était le parrain, très assidu à la Cour, et avait été souvent obligé de lui accorder des audiences ; il prit le parti d'enivrer ce jeune homme d'ambition et d'espérances. Il lui parla avec un peu plus d'ouverture et l'amena, sans grande difficulté, à lui faire toutes ses confidences.