L'ABBÉ LENFANT ET L'ABBÉ BEAUREGARD
flls de l'auguste Marie -Thérèse; et la fille unique (1) de notre reine infortunée, qui a eu l'humiliation d'être échangée contre l'un des ennemis du sang royal de France, aurait été elle-même égorgée sans cet horrible échange, qui a du moins mis ses jours en sûreté. J'avais fait connaissance avec l'abbé Lenfant chez la maréchale de Noailles : il était plein d'esprit et de douceur, d'une figure noble, intelligente et spirituelle. En 1777, il prêcha la Passion à Saint-Roch; eUe me parut la meilleure que j'eusse encore entendue. Cet abbé Lenfant et l'abbé Beauregard (2), autre jésuite, qui prêchait aux Quinze- Vingts, firent le plus grand bien dans Paris et rappelèrent à la piété une foule de gens ; on parla beaucoup alors de la dévotion de Mme de Bouillon et de Mme de la Jamaïque : elles passèrent à Saint-Roch une partie de la nuit du jeudi saint. L'année précédente, le jubilé avait réussi à merveille ; les philosophes croyaient Paris plus avancé, mais c'était leur apostolat qui ne l'était guère encore.
Huit jours après le départ de Joseph II, Monsieur entre- Marie-Louise, fille de Charles III, roi d'Espagne, né en 1768, monta sur le trône eu 1792, soutint une série de guerres désastreuses contre la France, maria sa fille, l'archiduchesse Marie-Louise, à Napoléon !• en 1810, se joignit aux alliés en août 1813 et mourut en 1836.
(1) Marie-Thérèse-Charlotle de France, née à Versailles en 1778, reçut en venant au monde leiUre de Madame Royale, fut emprisonnée au Temple avec le Roi et la Reine, puis échangée, en 1795, contre les commissaires de la Convention livrés par Dumouriez aux Autrichiens. Elle vécut alors à Vienne^ épousa en 1799, à Mittau, le duc d'Ângoulême, son cousin germain, rentra en France en 1814, repartit pour Texil en 1830, se fixa à Frohsdorff, en Stjrie, et y mourut en 1851.
(2) Jean-Nicolas Beauregard, jésuite et prédicateur, né à Pont-à- Mousson en 1731; dans son carême à la Cour, en 1777, il prophétisa tous les malheurs qui planaient alors sur la France, et, en 1789, dans un sermon prêché à Notre-Dame , il prédit tous les excès de la Terreur. Au commencement de la Révolution, il se réfugia à Londres, puis chez la princesse de Hohenlohe, et mourut en Souabe en 1804.
prit son voyage de Guyenne, de Languedoc (1) et de Pro vence. Voici un trait singulier que Ton me conta à cette occasion. Le Parlement de Grenoble avait envoyé des députés complimenter Monsieur à Montélimar. Ce prince leur répondit : o Je suis très sensible à l'(Utention de votre Compagnie; mais la conduite qu^elle tient avec le Roi, mon frère, et les sujets de mécontentement quHl a d'elle, m'empèchent de lui témoigner ma reconnaissance. » A Marseille et à Aix, il combla de bontés, ainsi qu'il l'avait fait à Bordeaux, toute la magistrature qui avait été fidèle au feu roi. Une anecdote assez plaisante, et prouvant bien la fureur des magistrats rentrés dans ce dernier Parlement, est la suivante. Un chanoine de Bordeaux donnait un grand dîner de vingt-cinq à trente personnes; tous les convives étaient rangés autour de la table, et l'on était prêt à s'asseoir. Un conseiller au Parlement, en habit gris et couteau de chasse, était au nombre des invités; il aperçoit vis-à-vis de lui, sur une console, un buste du maréchal de Richelieu; un beau zèle le transporte, et il vous lâche, en s'adressant à la statue, une catilinaire
ornée de b et de f Tout le monde Técoutait avec
étonnement, quand, tirant son couteau de chasse, il finit sa harangue en disant : « /. . . /*..... de buste, je veux te traiter comme je traiterais ton modèle s'il était /â/ » Il s'élance alors, balafre le visage de la statue et lui coupe les oreilles. On l'entoure; le chanoine, très mécontent, se plaint à la compagnie, et on pousse dehors M. le conseiller, qui ne dfna point chez le chanoine. Ce fait me fut
(1) Une chose qui annonce bien la timidité du Roi> c'est que Monsieur ayant youIu gracieuser M. de Caraman qui a dépensé 50.000 écus à lui faire les honneurs du canal du Languedoc, et lui ayant donné ime lettre pour le Roi, Sa Majesté s'est contentée de lui dire : t Cest hon^y et l'a reçu avec le plus grand froid. Voilà un homme bien payé de sa dépense ! (Journal de Moreau, 49 juillet 4777.)