‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 128 sur 307 · LE COMTE D*ÀRT0I8 EN BRETAGNE · texte numérisé non relu

LE COMTE D*ÀRT0I8 EN BRETAGNE

Hais il est temps de reprendre la suite des événements de 1777. La veille du jour où Monsieur partit pour les provinces du Midi, M. le comte d'Artois était rentré d'un voyage de Bretagne, dans lequel il avait fait brûler énormément de poudre; M. Tévêque de Saint-Malo lui avait dit : a Monseigneur^ les visites des princes sont bien chères, » On racontait qu'il avait assez maltraité le premier président du Parlement de Rennes, qui s'était trompé de midi et demi à deux heures, et qu'il avait envoyé avertir, sur les une heure et demie, que le frère du Roi l'attendait. Il avait aussi fort mécontenté les habitants d'une ville de Bretagne, où la coutume était que la noblesse montât à cheval, allât au-devant du prince, et lui présentât un cheval richement harnaché, sur lequel il devait faire trente pas à la tète du cortège. M. le comte d'Artois, qui n'était pas instruit de l'usage, reçut les compliments à sa portière, et, au lieu de monter à cheval, dit au chef de ce nombreux cortège : « Prévenez ces messieurs que je les dispense de me suivre. » — « Monseigneur^ lui répondit-il, ce n'était nullement leur intention, »

Quelques jours après le retour de Monsieur, M. d'Albertas m'ayant appris les bontés que ce prince avait eues en Provence pour ma Compagnie, je me rendis à son lever et lui demandai une audience dans son cabinet. Il était triste et ne parlait à personne. Je lui exprimai, au nom de ma Compagnie, toute sa reconnaissance pour la

Louis XVI, émigra en 1789, fut nommé gouYerneur d'Odessa en 4803, revint en France en 4844, reprit prés de Louis XVIII son emploi de premier gentilhomme de la chambre, fut créé pair de France, suivit le Roi à Gand et rentra en France avec lui; devint ministre des affaires étrangères et président du Conseil en 4845, quitta le ministère en 4848, fut rappelé à la présidence du Conseil après Fassassinat du duc de Berry en 4820; quitta de nouveau le ministère en 4824 et mourut le 46 mai de la même année. Il était membre de TAcadémie française.

manière dont il l'avait traitée, mais j'eus soin d'ajouter : « Je ne le dis qu'ici », car j'avais lieu de croire que, sur tout ce qui s'était passé dans son voyage, on avait fait des paquets auprès du Roi. Je lui lus une lettre que j'écrivais à M. de Maurepas afin de demander au Roi sa protection et ses bontés pour mon ouvrage sur V Histoire de France^ dont les trois premiers Discours (1) venaient d'être imprimés ; mais quand j'en fus à l'endroit où il était question du besoin que j'avais que Sa Majesté m'accordât quelques marques publiques de satisfaction, il secoua la tète en riant, me donnant ainsi à entendre que j'aurais peine à l'obtenir.

Cependant Madame Adélaïde me pressait de lui remettre ces trois volumes ; je le lui promis et l'assurai que je la consulterais sur le temps où ils devraient être publiés. Le 8 août, j'étais chez le duc de Laval lorsqu'on m'apporta les trois premiers exemplaires brochés de mon ouvrage, destinés à Mesdames : j'allai le lendemain à Versailles, je les vis toutes en particulier et les leur offris. J'en fus très bien reçu. Peu après, elles me témoignèrent leur satisfaction et m'adressèrent les plus grands éloges. Le 23 août, je convins avec M. Amelot que, huit jours plus tard, je présenterais mon livre au Roi, et je lui remis à lui-môme son exemplaire, ainsi que celui de M. Robinet. J'en portai un à Mme de Mailly, qui s'engagea à me recommander à la Reine pour obtenir qu'elle me fît bon accueil. Elle ne l'oublia point, mais S Reine lui répondit : « Je recevrai son livre, mais je ne lui ferlerai pas, » Cet abbé de Vermond, député général de la philosophie, essayait par tous les moyens d'inspirer à la Reine des préventions contre moi. M. de Maurepas, à qui je donnai

(i) Moreau donna ses quatre premiers Discours sur l'histoire de France en 1777.

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