GALONNE ET. FOULON
se mirent, de bonne foi et très publiquement, à galoper le contrôle général, et convinrent que les deux rivaux, quel que fût le vainqueur, resteraient amis. Pour couronner Tun ou l'autre, il fallait que M. d'Ormesson sautât; ils jouèrent donc leur reste : ils cessèrent d'intriguer, sollicitèrent hautement et déclarèrent la guerre au plus faible des ministres, qui n'avait plus pour lui que le plus faible des rois.
L'artillerie de Galonné fut la plus forte et la mieux servie; il était très aimable et avait pour lui toutes les femmes de la Cour. Foulon était dur et sec; il n'avait que Mme de Narbonne. Galonné s'était ruiné, on l'excusait; son concurrent passait pour s'être enrichi, on l'accusait. Lui-même crut n'avoir pas fait un mauvais marché, en se faisant promettre l'amitié d'un fou qui ne pouvait qu'achever la ruine des finances. Mais voici ce qui abattit le malheureux d'Ormesson et livra le contrôle général à son successeur. Il existait alors un garde du trésor royal, riche à millions, M. Micault d'Harvelay. M. de Yergennes, l'homme de son temps qui ait le plus aimé l'argent, lui devait beaucoup et en attendait encore davantage. Galonné, qui ne voulait qu'être ministre, ne demandait rien au richard, mais il était sûr de sa femme, dont il était aimé et qu'il a depuis épousée.
M. de Yergennes, né pauvre, n'ayant rien eu de sa jolie Grecque que beaucoup d'enfants, achevait donc sa fortune et celle de sa famille s'il avait à sa disposition le ministre des finances et le garde du trésor royal. M. de
entre les mains de la populace dix jours après, il fut pendu à une lanterne de la rue de la Verrerie (22 juillet i7S9), et sa tête fut portée en triomphe avec une poignée de foin dans la bouche. On Taccusait d'avoir dit, pendant la famine, en parlant du peuple de Paris : c Si cette canaille n a pas de pain, qu'elle mange du foin. > Rien ne justifie cette odieuse accusation.
Galonné» de son côté, était bien certain de faire renvoyer M. d'Ormesson, s'il lui débauchait M. d'Harvelay et les administrateurs de la Caisse d'escompte ; il y parvint. Sur l'état du trésor royal, le ministre qu'il s'agissait de chasser s'en était toujours aveuglément rapporté à M. d'Harvelay; celui-ci l'eflfraya par ses bordereaux : cela pouvait être facile, même en les supposant très fidèles. Puis les Marquet lui persuadèrent que, pour suppléer à la pénurie du trésor, il fallait suspendre, pour un temps, les remboursements des billets de la Caisse d'escompte. Cette suspension fut ordonnée par un arrêt du Conseil, et cassa le col du ministre qui l'avait signée.
Voilà ce que me conta M. d'Ormesson lui-même, lorsque j'allai l'embrasser et le plaindre ; je vis un homme anéanti, terrassé. Si j'avais été à sa place, j'aurais pris le parti de la retraite la plus absolue; j'aurais dit, comme Horace :
... mea Virtute me îhtoIvo...
Il n'avait pas besoin d'ajouter avec le poète :
... probamque Pauperiem sine dote quœro,
car il avait plusieurs très belles terres, dont il vendit l'une, appelée Mauregard, au valet de chambre de Louis XYI, Thierry. En agissant ainsi, il aurait du moins emporté avec lui l'estime du Roi, qui, dans la suite, l'a méprisé lorsqu'il l'a vu arriver à Versailles avec l'uniforme de l'état -major de la garde nationale, sous les drapeaux de La Fayette (1) et sous les ordres de
(4) Marie - Jean- Paul -Roch- Yves -Gilbert Motier, marquis de la Fajette, né à Chavagnac (Auvergne) en 1757, épousa en i774 Marie-