MÉTAMORPHOSE DE M. O'ORMESSON
Bailly (i). Cette pitoyable métamorphose a donné lieu à une foule d'imputations qui l'ont achevé dans l'esprit du public. Je ne me suis pas mis en peine de les vérifier, et, comme il vit encore, je souhaite fort qu'il s'en lave un jour : on l'a accusé d'avoir voulu se faire une nouvelle fortune et un grand état sur les ruines de la monarchie; on a été jusqu'à le soupçonner d'avoir intrigué pour se faire élire maire de Paris. S'il a commis cette lâcheté, certes j'aimerais mieux être mort comme son cousin germain, le président de Noyseau (2), que de vivre dans l'abjection où il se traîne encore.
M. Coster se conduisit bien mieux que lui; il était trop honnête et trop prudent pour devenir l'un des premiers
Âdrienne-Françoise de Noailles, s'embarqua à ringt ans pour aller combattre avec les Américains, insurgés contre la dominalion anglaise: contribua puissamment à fonder la république des États- Unis. Nommé membre de TAssemblée des notables en 1787. député aux États généraux en 1789, commandant de la garde nationale le lendemain de la prise de la Bastille, il ne put contenir le peuple dans les journées des 5 et 6 octobre, fut envoyé à la frontière, en 1792, contre les armées coalisées, voulut sauver Louis XVI, mais fut mis hors la loi et se vit obligé de quitter la France. Arrêté par les Autrichiens et emprisonné à Olmûtz, il y resta jusqu'en 1797, revint en France après le 18 brumaire, fut envoyé & la Chambre par l'arrondissement de Meaux de 1818 à 1824, y rentra en 1827 et mourut en 1834.
(1) Jean-Sylvain Bailly, né à Paris en 1736, travailla d'abord pour le théâtre, puis s'occupa d'astronomie, fut nommé membre de l'Académie des sciences en 1763, de TAcadémie française en 1784, de celle des inscriptions en 1785; député aux États généraux en 1789, présida la première séance de cette Assemblée. Élu maire de Paris le 16 juillet de la même année, il perdit vite sa popularité, donna sa démission et quitta Paris; mais reconnu & Melun, traduit devant le tribunal révolutionnaire et condamné à mort, il fut exécuté le 11 novembre 1793.
(2) Anne-Louis-François de Paule le Févre d'Ormesson de Noyseau, fils de Louis-François de Paule le Févre, marquis d'Ormesson^ et petit-neveu de d'Aguesseau, né le 26 février 1753, conseiller au Parlement de Paris en 1770, président à mortier en 1781, député de la noblesse aux États généraux en 1789; bibliothécaire du Hoi; signa
commis de M. de Galonné; il méritait une bonne pension de retraite : il se la fit donner» et l'on sait que sur cela M. de Galonné ne ménageait pas Targent. Goster se retira en Lorraine; je crois bien qu'il connaissait déjà assez M. Necker pour n'attendre que de lui la vengeance de sa disgrâce.
Voilà donc M. de Galonné contrôleur général (2 novembre 1783) et, de plus, en possession de la confiance du Roi. Si Louis XYI avait été un peu enthousiasmé des talents de M. Necker tant que celui-ci avait été protégé par M. de Maurepas, s'il avait eu confiance en M. de Fleury et avait choisi de sa main M. d'Ormesson, celui dont il épousa surtout les opinions» et dont le personnel lui plut infiniment, fut ce Galonné, qui pourtant traita les finances de l'État comme il avait traité les siennes, car, sans le contrôle général, il était ruiné à plate couture. Quand il eut obtenu cette place, qu'il avait sollicitée avec une âpreté si peu dissimulée, sa légèreté et ses folles prodigalités donnèrent contre lui des armes puissantes à l'ennemi qui ne le perdait pas de vue et qui, jusqu'en 1787, ne travailla qu'à le faire renvoyer. Hélas 1 je suis bien sûr que nos princes, qu'il a ruinés, se sont plus d'une fois reproché de n'avoir pas mis des bornes à des restitutions justes en elles-mêmes, mais, à cette époque» imprudentes et déplacées. Le léger, le frétillant Galonné me parut alors comparable à cet ours mal léché qui casse la tête de son meilleur ami. Necker ne profita que trop de ses imprudences, et l'Assemblée des notables de 1787 ouvrit la porte de Fabfme où il devait bientôt nous précipiter.
la protestation du 15 septembre 1791, fut condamné à mort parle tribunal révolutionnaire, et périt sur l'échafaud le 20 avril 1794. Il était membre de l'Académie des inscriptions.