‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 152 sur 307 · MAUVAIS PROCÉDÉS DE M. DE GALONNE · texte numérisé non relu

MAUVAIS PROCÉDÉS DE M. DE GALONNE

On a vu, dans le premier volume de Mes SùuvenirSy les quelques mauvais procédés et même les torts assez graves que M. de Galonné avait eus autrefois à mon égard. Ce ne furent pas les seuls que j'eus à lui reprocher. L'article IV de l'arrêt du Conseil du Roi du 3 mars 1781 avait attaché à notre Bibliothèque un comité de gens de lettres et d'amateurs d'histoire et de droit public, à la tête desquels se trouvaient, à côté du garde des sceaux Miromesnil, M. de Paulmy et M. Bertin. Lorsque M. de Galonné arriva au ministère, il me dit : a Vcms avez tous les quinze jours ^ chez M. de Sliromesnil^ un beau comité de savants pour juger et épurer les matériaux de notre histoire et de notre législation; moi aussi^ j'ai les arts que je paye et qui sont étrangers à la simarre, je veux avoir mon comité. Primitivement^ votre Bibliothèque fut attachée à la finance; j'ai, sur cela^ des propositions à soumettre à M. de SliromesniL Ditesle-lui. »

Je le fis, et M. de Miromesnil en rit très fort; il me répondit : « Empêchez du moins qu'il ne touche à la direction de nos travaux diplomatiques, non plus qu'à la surveillance que la chancellerie a sur la censure et l'impression des livres. »

A quelque temps de là, M. de Galonné revint à la charge : « J'ai vu le garde des sceaux; je suis convenu de tout avec lui. J'aurai mon comité des Arts dont je serai le président. Venez visiter le beau local que j'ai choisi au contrôle général. Mon ami Lenoir, comme bibliothécaire du Roi, et vous, comme historiographe de France, vous serez mes acolytes. J'aurai avec vous quatre membres choisis dans nos trois Académies, et comme vous êtes également du comité du garde des sceaux, qtiand nous aurons besoin de quelque livre que l'on pourra trouver dans vos dépôts, ou vous me le prêterez, ou vous nous le donnerez s'il ne voUrS est pas utile. » — a Fi donc ! repris-je, vous avez l'océan de la Bibliothèque royale, et vbus pensez à

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avoir recours à nos réservoirs? » Ensuite, il entretint tout le monde de son assemblée d'artistes; il en fut même question chez M. d'Aifry» qui les réunissait» non en académie, mais à un bon dîner toutes les semaines ; et, sans prêter une grande valeur à tout cela, je crus la chose arrangée.

Environ quinze jours après, il m'envoie chercher : « Je suis bien fâché de vous l'avouer, me dit-il, tout est prêt pour la première séance de notre comité, mais vous n'en serez pas. » — « Pourquoi cela^ monsieur? » — « C'est, reprend-il, que, des quatre académiciens que j'y ai mt«, t7 n'y en a pas un qui veuille y rester si vous en êtes. » Je reconnais que, cette fois, je fus pris d'une belle colère; je le traitai assez mal, et lui parlai de manière à être entendu de ceux qui étaient dans le salon voisin. Tous purent retenir les derniers mots que je lui adressai ; les voici : « Eh bienî moniteur, dites à vos quatre académiciens français que je trouve très bon qu'ils ne m'aient jamais pardonné mes Gacouacs. Depuis longtemps je me suis cru honoré de leur haine; permettez-moi aujourd'hui de m'en vanter; mais je crains bien que vous ne vous vantiez pas toujours de leur amitié. »

Je ne sais si la publicité de ccttp explication porta malheur à ce beau projet du plus léger, du plus inconséquent, comme peut-être du moins méchant et du moins rancunier des hommes. Il ne fut plus question de cet établissement, et, dans la suite, il assura à Mme de Polignac, qui me le rapporta, que c'était par crainte de m'humilier et de m'affliger qu'il y avait renoncé. « Remerciez^ le pour moi, lui répondis-je, et dites-lui qu'il s'est trompé dans les termes : je n'ai été ni humilié ni affligé; j'ai été seulement très piqué. »

Quant à notre comité , il continua de s'assembler chez M. de Miromesnil, jusqu'au jour mémorable où le garde des sceaux et le contrôleur général furent renvoyés en

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