LIT DE JUSTICE
chevêque. Le garde dés sceaux travaillait avec le Roi ; cependant j'eus occasion de le soupçonner plus d'une fois de parler de sa propre besogne avec le prélat, dont la Reine avait dit : « Il ne faut pas s'y tromper : c'est un premier ministre. » Il ne l'était pas encore à cette époque, mais il voulait absolument le devenir. Le garde des sceaux, de son côté, désirait se rendre maître des Parlements : ces deux grands ouvriers cherchèrent donc à donner au public une haute idée de leurs moyens. La première chose que fit le Brienne fut une espèce de compte rendu dans lequel il présentait un magnifique exposé des ressources de l'État : on y crut peu. Sa besogne d'ailleurs était la plus difficile, car, en dépit de ses allégations, il s'agissait de trouver de l'argent. Il n'imagina que de nouveaux impôts, et Necker, que l'on avait exilé sur la demande de M. de Galonné, acquit le droit de dire : « J'en aurais fait autant : j'aurais même fait mieux que celui auquel vous tenez de vous livrer en aveugle. » Le prélat ne put donc qu'écarter les réformes proposées par le ministre Galonné qu'il avait chassé, et adopter ses impôts sous des formes plus désastreuses encore.
Le Parlement fit des Remontrances^ protesta qu'il n'avait pas le droit d'enregistrer des impôts non consentis par la nation, et demanda la convocation des États. Par là, il ne servait que le projet perfide du banquier genevois. Ceux qui, dans cette nombreuse Compagnie, voyaient plus loin que les Zelantis des Enquêtes, imaginèrent alors que des magistrats auxquels on serait redevable de la convocation des États généraux, y joueraient un grand rôle. Ils ne sentirent point assez que, depuis bien des années, leur conduite avait prouvé que ce n'était ni pour la monarchie ni pour la nation, mais pour eux, qu'ils combattaient. M. de Lamoignon, voulant mettre fin à Toppo-
sition du Parlement, décida le Roi à tenir un lit de justice, dans lequel Louis XVI ordonna Tenregistrement des édits du timbre et de la subvention territoriale ; le lendemain, le Parlement déclara l'enregistrement de ces impôts nul et sans effet. La Cour, mécontente, exila le Parlement à Troyes (15 août 1787); ce fut là qu'il enregistra la prorogation du second vingtième, et mit l'archevêque à portée d'apprécier son patriotisme.
Le garde des sceaux le connaissait depuis plus longtemps que lui. Ils rappelèrent le Parlement (10 septembre) et négocièrent avec le grand banc. Quelques-uns de ses membres furent achetés, et M. d'Amécourt fut substitué, comme rapporteur ""de la Cour, à l'abbé Tandeau qui, pourtant, ne l'avait pas mal servie jusque-là. On convint, avec les magistrats les plus accrédités , d'un emprunt successif, devant être fourni et remboursé à différentes époques, tout en étant enregistré dans une seule et même séance que Je Roi tiendrait eu lit de justice : ce fut dans cette célèbre séance que fut jetée la pomme de discorde qui, parmi nous, devait amener le combat des Centaures et des Lapithes (19 novembre).
Les lois du royaume voulaient qu'en présence du Roi, les voix ne fussent point comptées, parce que là elles étaient non des suffrages, mais des conseils. M. de Lamoignon, persuadé de cette maxime, la défendit avec zèle. Le Parlement, au contraire, exigeait que, dans les lits de justice, le Roi ne décidât qu'à la pluralité des voix. Ce fut alors, et sous les yeux de Louis XVI, que M. le duc d'Orléans, qui, par des cahiers avoués de lui et adoptés dans ses domaines, a ensuite manifesté ses projets désastreux pour les lois de l'État et plus encore pour celles de la religion, osa contester au souverain le pouvoir législatif et le droitd'ordonner lorsqu'il venait lui-même présidersaCour.