COSTER RAPPELÉ
l'avait aimé si longtemps, avait enfin cédé à l'archevêque, dont la basse vengeance lui fit enlever le cordon bleu avec une dureté qui n'a jamais été dans le caractère de ce prince. On remarquera, en passant, comme une preuve de cette justice distributive dont notre Révolution offre tant d'exemples, que celui qui ôta le cordon bleu à Galonné fut, quelque temps après, et de l'aveu du Roi, chassé du Sacré Collège et obligé de quitter son chapeau rouge : nul ne recueille que ce qu'il a semé (1) ; voilà la grande leçon que nous présentera, à toutes les pages, l'histoire de nos malheurs!
Coster avait été droit et honnête ; il fut rappelé par un homme qui ne l'était point : Necker se hâta de le faire revenir comme l'un de ces amis que les Romains désignaient sous le nom de necessarii. Cet ancien ami le servit avec le plus grand dévouement tant qu'il ne put se douter de ses projets funestes. J'expliquerai bientôt comment il les combattit. Ce fut par Coster lui-même que j'appris son retour. Il connaissait les vastes dépôts de
(i)Loménie de Brienne, qui avait été nommé archevêque de Sens en 1788 et était devenu cardinal la même année, prêta serment à la Constitution civile du clergé et fut élu, vers la fin de 1790, évêque constitutionnel de l'Yonne. Le pape lui adressa un bref, daté du 23 févriec 1791, dans lequel il blâmait sévèrement sa criminelle conduite, qui devait être expiée, ou par une prompte rétractation, ou par une dégradation éclatante. Loménie, plutôt que de se soumettre, renvoja son chapeau de cardinal. 11 n'en fut pas moins arrêté et incarcéré & Sens le 9 novembre 4793. RelAché le 26 décembre suivant, il fut de nouveau arrêté le 18 février 1794 (30 pluviôse de l'an II) et gardé à vue dans les bâtiments de l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif qu'il avait achetée. Il mourut le lendemain, le jour même où le culte de la Raison était installé dans la cathédrale de Sens. L'autopsie démontra qu'il ne s'était point empoisonné, mais qu'il avait succombé à une attaque d'apoplexie déterminée par les mauvais traitements des soldats chargés de l'arrêter et par la nourriture qu'ils l'avaient iorcé À absorber. 11 fut inhumé, sans aucune cérémonie, dans une fosse creusée dans l'axe même de l'église Saint-Savinien de Sens et contre le seuil de cet édifice.
notre Bibliothèque de législation et d'histoire, à laquelle, sous le ministère de M. d'Ormesson, il avait rendu des témoignages flatteurs et des services utiles. Il me demanda des recherches dont je chargeai M. de Valcourt. Je ne lui refusai rien, je lui confiai tout. M. Necker l'avait mis à la tète du travail d'organisation des États généraux déjà annoncés ; l'ouverture en était fixée aux premiers jours du mois de mai 1789. Coster m'a avoué depuis qu'il n'avait pas approuvé la prédilection de son ministre pour l'ordre du tiers. Cependant, après avoir fait tout ce qu'il pouvait pour l'amener à abandonner son plan, il fit aussi tout ce qu'il put pour l'aider à l'exécuter. M. Necker Tavait logé, avec ses bureaux, à l'hôtel du contrôle général, à Versailles; il lui avait donné un appartement très commode, dont il est important de se peindre la situation : il était au rez-de-chaussée et communiquait par une petite galerie au cabinet du ministre. Il avait trois entrées : l'une du côté de la rue, en passant par la cour ; l'autre du côté du château, par laquelle on montait chez le Roi; la troisième, enfin, par une porte donnant sur les jardins, du côté du grand escalier de l'Orangerie.
C'est dans cet appartement, que j'appelais à cause de cela le Temple d'Hermès Trismégiste^ que j'ai vu familièrement Coster jusqu'au moment où, après la Révolution consommée, il a été renvoyé en Lorraine par ce même ministre dont il s'était cru si longtemps aimé. Il avait deux frères, l'un membre du clergé, l'autre du tiers; tous deux furent élus députés aux États. Ils habitaient avec lui et avec son excellente et respectable femme rue de l'Orangerie. Il m'invita à venir souvent partager leur dîner, et jusqu'au moment où les harangues de M. Necker laissèrent apercevoir toutes ses vues, je trouvai son ami Coster, perpétuellement et de la meilleure foi du monde,