L'ACADÉMICIEN SUARD
et, quand je rentrai, M. Barentin me conta ce qui s'était passé entre eux : « C'est votre faute^ lui avait dit M. Necker ; pourquoi n'avez-vous pas prévenu le Roi que Suard est mou ami? »
M. Barentin ne riait point de cette querelle : Necker ne le quitta que pour monter chez Sa Majesté, qui céda et permit à Suard tout ce qu'il avait écrit et tout ce qu'il écrirait encore. Suart avait également l'appui de l'Académie et savait en user à l'occasion. Je me souviens d'avoir lu, chez l'abbé Sabatier, une réponse de Linguet à M. de Vergennes , prouvant que ce ministre avait eu quelques torts dans la lettre par laquelle, sur les prières de l'Académie française, il lui avait ôté la rédaction du Jouirai. C'était un secrétaire de ce ministre qui la lui avait fait signer, et ce secrétaire était un ami de Panckoucke (1), beau-frère de Suard, qui avait intrigué pour qu'on donnât le Journal à La Harpe (2).
(i) Charles-Joseph Panckoucke, né en 1736, libraire et écrivain, acheta le Mercure de France, fonda le Moniteur unix>ersel et mourut en 1798.
(2) Jean-François de la Harpe, né À Paris le 20 mars 1739, se lia avec les philosophes, composa des héroldes, des tragédies, des Éloges, des pièces de théâtre de divers genres, donna, dès 1768, des articles de critique dans le Mercure, devint membre de l'Académie française en 1776, publia une traduction de la Lusiade et un Abrégé d^^ Voyages de l'abbé Prévost, fut chargé d'un rours de littérature au Lycée en 1786, embrassa les doctrines révolutionnaires, fut néanmoins, en 1794, enfermé pendant quelques mois dans les prisons du Luxembourg, s'y convertit, dut se cacher au 18 fructidor pour échapper à la déportation, commença la publication de son Cours de littérature ancienne et moderne, qui lui valut le titre de Quintilien français, et mourut le 11 février 1803.