M. DE MACHAULT ET M* D'ARGENSON
sauvé de sa ruine totale s'il eût obtenu de lui, non qu'il payât les impôts, car il en a toujours été suffisamment chargé , mais qu'il fût imposé dans la même forme que Tétaient les autres sujets du Roi.
M. de Machault avait à la Cour un rival qui ne l'aimait point : c'était le ministre de la guerre, M«.,d'Argenson« Celui-ci, par conséquent, favorisa le clergé. On n'a point oublié un mot fameux de l'évoque de Verdun, Nicolaï (1) : ff Vous sonnez toujours le tocsin ^^ lui dit le contrôleur général. — fi II le faut bien, répondit le prélat, lorsque vous mettez le feu aux quatre coins du royaume^ » Les évéques savaient d'où leur venait leur force ; aussi gagnèrent-ils leur cause. M. de Machault céda, mais ne déchut pas. On lui donna la marine (28 juillet 1754) qui avait été enlevée à M. de Maurepas en 1749, et que quitta M, Rouillé pour passer aux affaires étrangères; de plus, on lui conserva les sceaux qu'il avait depuis le mois de décembre 1750, M. Moreau de Séchelles, qui se prétendait mon parent, fut fait contrôleur général.
Bientôt, il perdit un peu la tète. Moras (2), son gendre et son successeur, n'en avait pas une trop bonne; en août 1757, il céda la place au premier commis des
arrêt du Conseil, et l'Assemblée du clergé, présidée par le cardinal de la Rochefoucauld, protesta contre l'atteinte que Ton tentait de porter à ses immunités (10 septembre 1750), tout en consentant, pour les sauver, à des sacrifices pécuniaires.
(1) Aymar-Chrétien-François-Michel de Nicolaï, frère cadet du premier président de la Chambre des comptes, chanoine de l'église de Paris, aumônier de la dauphine Marie-Josèphe de Saxe, agent général du clergé de France, nommé évèque-comte de Verdun en avril 1754, sacré le 16 juin suivant, mort le 9 décembre 1769,
(2) François -Marie Peirenc, seigneur de Moras, maître des requêtes, intendant de Riom en Auvergne, intendant de Valenciennes, puis contrôleur général et ministre de la marine, avait épousé Jeanne'Louise Moreau, seconde fille de Jean Moreau de Séchelles, née en 1721.
finances, Boulogne, lequel, en avril 1759, fut remplacé par M.de Silhouette. Mais, deux ans auparavant^ le robespierrisme de Damiens (1) avait culbuté les deux seuls ministres (2) qui, pour la monarchie, eussent valu leur pesant d'or s'ils eussent été unis. Après avoir, pendant •plusieurs années, conduit leurs tranchées et leurs mines l'un contre l'autre, ils se rencontrèrent; l'artifice éclata, et uqe même explosion les enleva tous deux. M. d'Argenson fut perdu dans l'esprit du Roi; M. de Machault, bien mieux et très honorablement traité, s'en alla chez lui. Peut-être Louis XV espéra-t-il pouvoir un jour lui rendre les sceaux, car il les garda, et, pendant près de deux ans, il scella lui-même tous les actes de sa chancellerie. La marine passa alors à Moras, puis à M. de Massiac, et tomba, en 17S8, entre les mains du lieutenant de police Berryer (3), qui n'en fut que l'exécuteur testamentaire. . Le nouveau contrôleur général Silhouette voulait réformer beaucoup d'abus, mais il commit une grande faute : il commença par faire violer au Roi la première de toutes les lois, celle de tenir sa parole et de garder la
(1) Robert-François Damiens, né en 1715, soldat, déserteur, domestique; essaja d'assassiner Louis XV le 5 janvier 1757, fut écartelé le 28 mars suivant. Voir le récit de son procès et de sa mort à la fin du volume, page 602.
(2) A la suite de l'attentat de Damiens, Louis XV, quoique n'ayant été que légèrement blessé, se mit au lit et fit appeler en toute hâte un confesseur. Le lendemain, Machault, qui était las de sa protectrice, Mme de Pompadour, alla la trouver et la prévint que l'intention du Roi était qu'elle quittât la Cour. Elle fit traîner son départ, et bientôt, étant redevenue plus puissante que jamais, elle obtint le renvoi de ce ministre et celui de M. d'Argenson, qui lui avait toujours été hostile.
(3) Nicolas-René Berryer, né à Paris en 1703, conseiller au Parlement, maître des requêtes, intendant de Poitou en 1743, lieutenant de police, par la protection de Mme de Pompadour, en 1747, conseiller d'Ëtat en 1755, membre du conseil des dépèches en 1757, ministre de la marine en 1758 et garde des sceaux en 1761 ; mort en 1762.