PROJET ET DÉCLARATION DU COMITE DES PRINCES. 39S
pierre, je vais exposer notre projet, qui peut-être eût sauvé la France. !• Je fis signer à M. le garde des sceaux Barentin une lettre qu'il envoya au Roi, et où, à la suite des marques les plus touchantes de son respect et de sa fidélité, il lui dénonçait les vues perfides de M. Necker^ d'après une analyse courte, sommaire et exacte des discours par lesquels il avait annoncé et organisé la convocation des États généraux. Lo garde des sceaux protestait à Sa Majesté qu'il lui remettrait son office et le sceau, plutôt que de souscrire à la doctrine an ti monarchique présentée par ses ministres. Cette lettre, toute signée, fut montrée à la Reine par l'un de ses beaux-frères ; elle en témoigna un contentement et une joie qui nous donna les plus grandes espérances; elle dit même en souriant : « Ce n'est pas le garde dps sceaux qui a fait cela » ; mais heureusement elle ne me devina pas. 2" Une autre production, fruit des délibérations de notre comité et rédigée de l'aveu des deux princes, fut un projet de déclaration que j'avais communiqué à deux magistrats du Parlement, très désireux d'obtenir quelques grâces de la Cour. Us s'étaient engagés, si le Roi adoptait noire déclaration, à la {aire enregistrer dans une assemblée des Chambres avant l'ouverture des États, car il me paraissait évident que le seul moyen de les rendre moins orageux et même très utiles était d'environner les trois ordres, que le Roi allait consulter en père, de la majesté et du pouvoir de cette Cour, qui ne devait jamais le faire parler et agir qu'en roi.
Pour entendre mon projet et l'objet de cette déclaration, il faut se rappeler un certain arrêt du 5 décembre 1788, qui sembla prouver que ce Parlement, tant de fois soulevé contre Louis XV par les intrigues du duc de Choiseul, s'était encore voué au perfide Genevois pour
détrôner Louis XVI. Au moment ou nous étions, je pensais néanmoins qu'on pouvait tout espérer de ce grand Corps pour le salut de TËtat» et^ dans un très grand nombre d'écrits, j'avais démontré que le plus fort contrepoids qui pût balancer le choc et la gravitation des États généraux était le crédit et la faveur dont il'avait toujours joui auprès des peuples. L'autodafé qui pendant ma prison a consumé tous mes papiers m'a fait perdre l'édit par lequel j'aurais voulu que les Ëtats fussent convoqués, et un autre édit non moins important, qui, sous prétexte d'expliquer ce ridicule établissement de la Cour plénière, rendait à notre ancienne Cour des pairs son lustre et ses droits, et intéressait toute la magistrature à défendre la monarchie. Ces pièces me brouillèrent avec l'abbé Maury, et m'ont bien persuadé que son ami, M. le garde des sceaux Lamoignon, m'avait joué '; mais, sous M. Barentin, et dans le petit conseil des princes, j'étais bien sûr de tout rétablir si, comme nous nous en flattâmes quelque temps, nous avions obtenu la déclaration dont il me reste à parler.
Je savais, en effet, à n'en pouvoir douter, que cet arrêt du 5 décembre avait été escamoté à la Grand'Chambre (1) par une foule de mauvais sujets, qui se croyaient les maîtres du Parlement, parce qu'ils étaient les agitateurs des enquêtes : tel était un petit coquin d'abbé Le Coigneux, connu depuis sous le nom de général Jacquot, et qui est mort de chagrin du mal qu'il avait fait; tels étaient encore un Sémonville (2), un Sabatier et plusieurs autres clefs de
(1) Plus de la moitié des membres du Parlement ne prirent point part au vote de cet arrêté, dans lequel, entre autres déclarations et demandes , on suppliait le Roi de ne plus permettre aucun délai pour la tenue des États généraux, de déclarer et consacrer leur retour périodique, etc., etc.
(2) Charles-Louis Huguet, marquis de Sémonville, né à Paris en